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Le Bien Heureux · Belgique
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Vendredi 16 octobre 2026 Édition du matin N° 51
ActualitĂ©s · Avant le cafĂ© · ≈ 3 min de lecture

Phishing : la banque doit rembourser d’abord, mĂŞme si elle vous juge nĂ©gligent, tranche la justice europĂ©enne

La Cour de justice de l'UE impose aux banques de rembourser tout de suite un paiement non autorisé. Elles pourront réclamer ensuite, si elles prouvent la faute.

Grande salle d'audience de la Cour de justice de l'Union européenne à Luxembourg : rangées de sièges, écran au fond et plafond tendu de voilages dorés
La grande salle d'audience de la Cour de justice de l'Union européenne, à Luxembourg, en mai 2009. © Cédric Puisney · CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Une cliente d’une banque polonaise vend un objet en ligne. Un faux acheteur lui envoie un lien « pour confirmer la vente », qui mène vers une copie du site de sa banque. Elle y tape ses identifiants, et environ 700 euros partent vers le compte du fraudeur. Sa banque refuse de rembourser : selon elle, la cliente a Ă©tĂ© gravement nĂ©gligente.

Le 15 octobre 2026, la Cour de justice de l’Union europĂ©enne a donnĂ© tort Ă  la banque, dans l’affaire C-70/25. Son communiquĂ© rĂ©sume la règle en une phrase : la nĂ©gligence grave du client ne dispense pas la banque du remboursement immĂ©diat.

Rembourser d’abord, discuter ensuite

La règle vient de la directive europĂ©enne sur les services de paiement de 2015, dite DSP2. En cas d’opĂ©ration non autorisĂ©e, la banque rembourse au plus tard Ă  la fin du premier jour ouvrable qui suit le signalement, Ă  condition que le client ait prĂ©venu sans retard injustifiĂ©.

La Cour ne laisse qu’une Ă©chappatoire Ă  la banque : de bonnes raisons de soupçonner une fraude du client lui-mĂŞme, communiquĂ©es par Ă©crit Ă  l’autoritĂ© nationale compĂ©tente. Estimer que le client a Ă©tĂ© imprudent ne suffit pas pour refuser.

La nĂ©gligence grave n’a pas disparu

L’arrĂŞt sĂ©pare deux questions : qui rembourse tout de suite, et qui supporte la perte au bout du compte. Après avoir remboursĂ©, la banque peut rĂ©clamer l’argent au client si elle prouve qu’il a manquĂ© gravement Ă  ses obligations, par exemple en ne protĂ©geant pas ses donnĂ©es de connexion. La preuve est Ă  sa charge.

Le raisonnement de la Cour est pratique : laisser la banque refuser d’emblĂ©e obligerait la victime Ă  lancer elle-mĂŞme une procĂ©dure, avec ses coĂ»ts. Le rapport de force s’inverse. C’est dĂ©sormais Ă  l’Ă©tablissement d’aller chercher l’argent, pas au client de courir après le sien.

Et en Belgique

Un arrĂŞt prĂ©judiciel ne tranche pas le litige polonais, mais il lie les juridictions de tous les États membres saisies d’une question semblable. En Belgique, Test-Achats avait relatĂ© le 7 septembre 2026 une dĂ©cision de mai ordonnant Ă  une banque de rembourser près de 50 000 euros sans attendre que la question de la nĂ©gligence soit tranchĂ©e. La justice europĂ©enne va dans le mĂŞme sens.

Si cela vous arrive

  • PrĂ©venir sa banque immĂ©diatement, par tĂ©lĂ©phone puis par Ă©crit, en gardant une trace de l’heure.
  • Demander par Ă©crit le remboursement de l’opĂ©ration non autorisĂ©e, en citant l’arrĂŞt C-70/25 du 15 octobre 2026.
  • Conserver le message piĂ©gĂ©, l’adresse du faux site et les relevĂ©s.

En bref

  • Le 15 octobre 2026, la Cour de justice de l’UE impose le remboursement immĂ©diat d’un paiement non autorisĂ©, mĂŞme si la banque invoque une nĂ©gligence grave.
  • La banque peut ensuite rĂ©clamer la perte au client, Ă  condition de prouver cette nĂ©gligence.
  • Seul un soupçon de fraude du client, notifiĂ© par Ă©crit Ă  l’autoritĂ©, permet de suspendre le remboursement.
  • Les juridictions nationales, belges comprises, doivent suivre cette lecture dans les litiges semblables.

Sources : Cour de justice de l’UE, communiquĂ© n° 147/26 (15 octobre 2026) ; directive (UE) 2015/2366 (EUR-Lex) ; Test-Achats (7 septembre 2026)