Une publicité ciblée suffisait : un logiciel espion installé sans clic chez Al Jazeera, révèle Citizen Lab
Citizen Lab décrit AdFection : une régie israélienne servait des publicités capables d'infecter un appareil dès leur affichage. Des postes d'Al Jazeera touchés.

Voir une publicitĂ©, sans cliquer dessus, et repartir avec un logiciel espion. Le laboratoire Citizen Lab de l’universitĂ© de Toronto affirme en apporter la première preuve technique publique, dans un rapport publiĂ© le 15 octobre 2026. Il baptise la mĂ©thode AdFection.
Une régie au service des espions
Au centre du dossier, Discover-Tech, une sociĂ©tĂ© israĂ©lienne qui se prĂ©sente comme une entreprise publicitaire ordinaire. Selon Citizen Lab, sa plateforme Controlium permet Ă ses partenaires d’identifier un appareil prĂ©cis, d’en relever l’empreinte et de l’infecter au moment oĂą l’annonce s’affiche. C’est une attaque « zĂ©ro clic », qui ne demande aucune action de la victime (on en a parlĂ© ICI).
Le mĂ©canisme exploite le fonctionnement normal de la publicitĂ© en ligne : une annonce peut charger du code JavaScript, qui en charge d’autres, jusqu’Ă un Ă©ventuel exploit du navigateur. Comme ce code peut viser un identifiant d’appareil, il peut ĂŞtre envoyĂ© Ă une seule personne.
Au moins 45 appareils visés chez Al Jazeera
Les chercheurs ont reconstituĂ© la sĂ©quence dans les journaux rĂ©seau fournis par Al Jazeera : affichage d’une annonce de Discover-Tech, contact avec un serveur de vĂ©rification, puis communication avec un serveur de commande. Au moins 45 appareils de la chaĂ®ne ont Ă©tĂ© visĂ©s. Un fichier DLL isolĂ© sur un poste Windows compromis est attribuĂ© « avec un haut degrĂ© de confiance » au logiciel espion de Candiru, rebaptisĂ© Integrity Labs.
Citizen Lab relie aussi Discover-Tech Ă d’autres vendeurs, Intelos et Bindecy. Le commanditaire des attaques n’est pas identifiĂ©.
CertifiĂ©e par l’industrie
L’ampleur dĂ©passe un seul mĂ©dia. Sur quatre milliards d’enchères publicitaires analysĂ©es, les annonces de Discover-Tech sont apparues sur près de 200 000 sites et applications en quatre mois. Elles ont aussi fait contacter les serveurs de Candiru par des millions d’appareils, probablement pour du repĂ©rage.
La sociĂ©tĂ© figurait sur des listes de fournisseurs « certifiĂ©s » ou « approuvĂ©s » de Google et d’IAB Europe, l’association europĂ©enne du secteur, et diffusait via Google, Yandex et Beeswax. Elle s’appuyait mĂŞme sur les dispositifs de consentement prĂ©vus pour le RGPD pour viser des internautes dans l’Union. Après signalement, Google, IAB Europe, Beeswax, Vungle (Liftoff) et Eskimi ont coupĂ© ses accès ; d’autres intermĂ©diaires n’ont pas rĂ©pondu aux chercheurs.
Le label de confiance n’a donc rien vu. C’est un laboratoire universitaire qui a fait le contrĂ´le.
Que faire
Pour les organisations, Citizen Lab juge que la protection la plus rĂ©aliste consiste Ă bloquer les publicitĂ©s ciblĂ©es au niveau du rĂ©seau. Pour un particulier, un bloqueur de publicitĂ© rĂ©duit l’exposition, et un navigateur Ă jour ferme les failles connues. Ces attaques visent des cibles choisies, mais le canal, lui, atteint tout le monde.
En bref
- Citizen Lab documente des infections par logiciel espion dĂ©clenchĂ©es par le simple affichage d’une publicitĂ© ciblĂ©e.
- Au moins 45 appareils d’Al Jazeera visĂ©s ; le logiciel est attribuĂ© Ă Candiru.
- La rĂ©gie Discover-Tech figurait sur des listes de fournisseurs certifiĂ©s de Google et d’IAB Europe, qui l’ont depuis dĂ©connectĂ©e.
- Bloquer les publicités ciblées reste la parade la plus simple.
Sources : Citizen Lab, rapport AdFection (15 octobre 2026) ; TechCrunch (15 octobre 2026)
Le Bien Heureux · RĂ©daction Capibara · Vendredi 16 octobre 2026