Sous les volcans de Mars, du magma encore chaud ? Un gaz remet la question sur la table
Une sonde européenne repère du chlorure d'hydrogène au-dessus des fractures du volcan Alba Mons. Un indice de magma en profondeur, pas une éruption observée.

Sur Mars, aucune nouvelle coulée de lave ni aucune éruption n’a jamais été observée. Pourtant, au-dessus des fractures d’un volcan, Alba Mons, un gaz apparaît là et quand on ne l’attend pas.
Pourquoi on en parle ? Parce que la question de savoir si Mars est encore active sous sa surface reste ouverte. Une étude parue le 4 novembre 2026 dans Science Advances, présentée par l’Agence spatiale européenne le 5 novembre, y ajoute un indice. Un indice, pas une preuve.
Deux secondes sur 32 ans
Le gaz est du chlorure d’hydrogène (HCl). Les spectromètres ACS de la sonde européenne Trace Gas Orbiter en détectent dans l’atmosphère martienne depuis 2021. En quantités infimes : de l’ordre de deux molécules de HCl pour un milliard de molécules d’air, selon le géologue Daniel Mège, coauteur. Pour se représenter cette proportion : deux secondes sur près de 32 ans.
D’ordinaire, ce gaz est le plus abondant en hiver boréal et chute fortement en été, au rythme des cycles de la poussière et de l’eau. Au-dessus d’Alba Mons, c’est l’inverse : il apparaît au même endroit, au début de l’été boréal, et de façon répétée.
Des fissures fraîches vues d’en haut
La caméra CaSSIS, à bord de la même sonde, montre sur les flancs du volcan des fissures étroites, d’aspect frais, et des changements de couleur du terrain. Les dépôts clairs de la photo prise le 3 février 2023 font partie des indices étudiés. Rien n’y ressemble à une fumée ou à une coulée.
Le scénario des chercheurs
Leur hypothèse : du gaz remonte d’un réservoir de magma chaud en profondeur. En hiver, la glace et des particules de glace pourraient capter le HCl et masquer le signal ; au dégel, il redeviendrait détectable. Ce mécanisme est proposé, pas observé.
L’étude associe spécialistes de l’atmosphère et géologue. Daniel Mège, professeur au Centre de recherche spatiale de l’Académie polonaise des sciences, raconte avoir rejoint l’analyse après une rencontre scientifique à Madrid en 2023. Une histoire de regards croisés : les uns mesuraient le gaz, l’autre savait lire les fissures.
Ni lave, ni vie
Aucune lave visible, aucune éruption, aucun organisme. Un éventuel système hydrothermal, de l’eau chauffée en profondeur, n’implique pas qu’il abrite de la vie, rappelle Daniel Mège. Et le HCl lui-même n’est pas un ingrédient favorable à la vie.
Ce que cela change pour nous ? Rien de pratique, mais une leçon de méthode. Une sonde mesure depuis l’orbite des traces de deux molécules sur un milliard, et plusieurs indices qui convergent ne font pas encore une preuve. Mars n’a pas fini de surprendre par ses volcans (on en avait parlé : le nuage d’Arsia Mons), ni par ses profondeurs (on en a aussi déjà parlé : la couche de magma au-dessus du noyau).
En bref
- La sonde européenne Trace Gas Orbiter repère du chlorure d’hydrogène au-dessus des fractures d’Alba Mons, au début de l’été martien.
- Les chercheurs y voient l’indice possible d’un magma chaud en profondeur ; aucune éruption n’a été observée.
- Les concentrations sont de l’ordre de deux molécules sur un milliard.
- Un éventuel système hydrothermal ne signifie pas qu’il y a de la vie.
Sources : ESA, European orbiter detects hints of volcanic activity on Mars, 5 novembre 2026, ESA, Geological intuition for Mars, entretien avec Daniel Mège, 4 novembre 2026, ESA, fiche de l’image d’Alba Mons.
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Le Bien Heureux · Rédaction Capibara · Vendredi 6 novembre 2026