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Le Bien Heureux · Belgique
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Dimanche 18 octobre 2026 Édition du matin Numéro LIII
Bien expliquĂ© · Entre deux cafĂ©s · ≈ 3 min de lecture

Le nuage de 1 800 km qui pousse chaque matin sur Mars se formerait sans poussière

Pour reproduire le long nuage du volcan Arsia Mons, des chercheurs ont dû laisser la vapeur geler seule, sans grain de poussière. Un processus jamais observé.

Vue orbitale de Mars : une longue traînée nuageuse blanche s'étire vers l'ouest depuis le volcan Arsia Mons
Le nuage allongé d'Arsia Mons photographié par la caméra HRSC de Mars Express en novembre 2019. © ESA/DLR/FU Berlin, traitement Justin Cowart · CC BY-SA 3.0 IGO

Chaque matin, pendant plusieurs mois de l’annĂ©e martienne, une traĂ®nĂ©e blanche naĂ®t Ă  cĂ´tĂ© du volcan Arsia Mons, s’Ă©tire jusqu’Ă  1 800 km, presque deux fois la longueur du Royaume-Uni selon l’Agence spatiale europĂ©enne, puis s’Ă©vapore dans la journĂ©e. Les modèles mĂ©tĂ©o n’arrivaient pas Ă  la reproduire. Une Ă©tude publiĂ©e le 7 octobre 2026 dans Nature Geoscience y parvient, Ă  condition d’admettre un phĂ©nomène que les manuels dĂ©crivent mais que personne n’avait vu dans une atmosphère planĂ©taire.

Un nuage a d’habitude besoin d’un support

Sur Terre, la vapeur d’eau ne se transforme presque jamais en gouttelette ou en cristal « toute seule ». Elle se condense sur une particule dĂ©jĂ  prĂ©sente : un grain de sel, de pollen, de suie ou de poussière. C’est la nuclĂ©ation hĂ©tĂ©rogène. Sur Mars, ce rĂ´le revient d’ordinaire Ă  la poussière, qui ne manque pas.

L’autre voie, la nuclĂ©ation homogène, fait passer la vapeur directement Ă  l’Ă©tat de glace, sans support. Jorge Hernández-Bernal, chercheur au Laboratoire de mĂ©tĂ©orologie dynamique (CNRS, Sorbonne UniversitĂ©) et premier auteur, la compare dans le communiquĂ© de l’ESA Ă  de la buĂ©e qui apparaĂ®trait au milieu d’une pièce plutĂ´t que sur la vitre. Elle exige une humiditĂ© relative extrĂŞme, plus de 100 000 fois celle de notre quotidien d’après l’ESA. On la jugeait donc thĂ©orique.

Le volcan fabrique les conditions

Arsia Mons culmine Ă  environ 20 km. Quand le vent frappe sa masse, il dĂ©clenche une onde qui soulève des poches d’air humide de plusieurs kilomètres en quelques minutes. L’air se refroidit d’environ 30 degrĂ©s en 10 minutes, l’humiditĂ© s’envole et la vapeur gèle directement en particules de nuage. En ajoutant ce mĂ©canisme Ă  leur modèle mĂ©tĂ©orologique de Mars, l’Ă©quipe a obtenu un nuage qui ressemble enfin aux images, dans sa forme comme dans son horaire.

Le nuage lui-mĂŞme n’est pas une dĂ©couverte rĂ©cente : Mars Express l’a rĂ©vĂ©lĂ© en 2018 et l’observe depuis. L’Ă©tude s’appuie sur trois de ses camĂ©ras, dont la camĂ©ra haute rĂ©solution HRSC. Avec la sonde ExoMars TGO, c’est l’un des rares orbiteurs capables d’observer Mars le matin, quand le phĂ©nomène se produit.

Ce que l’Ă©tude prouve, et ce qu’elle suggère

La nuance tient dans un verbe. La prĂ©publication dĂ©posĂ©e sur arXiv affirmait que le rĂ©sultat « dĂ©montre » la nuclĂ©ation homogène sur Mars. La version publiĂ©e après relecture Ă©crit qu’il le « suggère fortement ». L’ESA reconnaĂ®t aussi que certains aspects du nuage modĂ©lisĂ© ne correspondent pas exactement aux observations. C’est un modèle convaincant, pas une mesure directe de cristaux en formation.

L’enjeu dĂ©passe Mars. Le mĂŞme processus a Ă©tĂ© envisagĂ© pour certains nuages de haute altitude sur Terre et sur VĂ©nus, sans jamais ĂŞtre observĂ©. Colin Wilson, responsable scientifique de Mars Express, en tire une leçon pour l’Ă©tude des autres planètes, exoplanètes comprises : ne pas Ă©carter trop vite un processus jugĂ© improbable.

En bref

  • Le nuage allongĂ© d’Arsia Mons atteint 1 800 km et se reforme chaque matin pendant plusieurs mois.
  • Une Ă©tude du 7 octobre 2026 ne le reproduit qu’en faisant geler la vapeur sans grain de poussière.
  • Ce serait la première trace de nuclĂ©ation homogène dans une atmosphère planĂ©taire.
  • Le rĂ©sultat repose sur un modèle : la revue Ă©crit « suggère fortement », pas « dĂ©montre ».

Sources : ESA, « Mars’s oddest cloud may be even odder than we thought » (7 octobre 2026) ; Hernández-Bernal et al., Nature Geoscience ; prĂ©publication sur arXiv.