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Le Bien Heureux · Belgique Cinq parutions par jour
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Dimanche 13 septembre 2026 Édition du matin N° 18
Bien expliquĂ© Jeudi 10 septembre · Entre deux cafĂ©s

Pour graver des puces plus petites, il faut des masques plus grands

Le morceau de verre qui porte le dessin des circuits mesure 6 pouces depuis des décennies. Le faire passer à 12 changerait beaucoup de choses.

Equipement de salle blanche utilise pour deposer une resine photosensible sur une plaquette de silicium
© Sei · CC BY-SA 4.0

Voici un problème dont personne ne parle et qui décide de la taille des puces que vous achèterez dans dix ans : le morceau de verre par lequel on projette le dessin du circuit sur la plaquette de silicium. Il mesure 6 pouces de côté depuis des décennies. Les deux entreprises qui comptent le plus dans cette industrie veulent le faire passer à 12.

Ă€ quoi sert ce morceau de verre

Graver une puce revient à projeter une image. Le dessin du circuit est inscrit sur un masque, une plaque translucide, et une machine de lithographie projette ce dessin, réduit, sur la plaquette recouverte de résine photosensible. La surface de puce que l’on peut exposer d’un seul coup dépend donc directement de la taille du masque et de l’optique. Cette surface a un nom dans le métier, le champ d’exposition, et c’est elle qui plafonne la taille maximale d’une puce.

Le problème actuel

Les machines EUV les plus récentes ont conservé le format de 6 pouces pour rester compatibles avec l’outillage existant, au prix d’une optique particulière qui a réduit le champ d’exposition. Résultat : les très grandes puces, exactement celles que réclame le calcul intensif aujourd’hui, ne tiennent plus en une seule exposition. Il faut en faire deux et raccorder les moitiés, ce que le métier appelle le stitching, une opération délicate qui coûte du temps, réduit le rendement et complique le dessin du circuit.

Ce que changerait un masque plus grand

Doubler le côté du masque, soit un format 6 × 12, permettrait d’exposer une puce entière d’un seul coup, donc de supprimer ces raccords, d’augmenter le nombre de plaquettes traitées par heure et de faire baisser le coût unitaire. Sur le papier, tout le monde y gagne, et l’initiative reçoit le soutien d’autres fondeurs, l’un d’eux visant même une production de DRAM à grande échelle dès 2028.

Le calendrier remet les choses en place

Il est très long, et c’est la donnée la plus intéressante. Une ligne pilote est évoquée pour 2031, des machines prêtes pour la production en 2033, et un déploiement en volume chez le principal fondeur autour de 2030 selon les annonces. Autrement dit, rien de tout cela ne concerne le matériel que vous achèterez avant longtemps. Cette industrie raisonne en décennies, ce qui explique pourquoi les décisions prises aujourd’hui sur un morceau de verre pèseront sur les prix bien après.

Ce qu’il faut relativiser

Ces annonces émanent des entreprises qui vendront les machines et de celles qui les achèteront, et elles servent aussi à préparer un écosystème entier à investir dans un nouveau format. Changer la taille des masques oblige à renouveler les équipements de fabrication et de contrôle chez tous les fournisseurs de la chaîne, ce qui représente des sommes considérables et explique la longueur du calendrier. Les gains annoncés sont des projections, pas des mesures. Et l’histoire du secteur est pleine de transitions annoncées pour dans huit ans qui ont pris quinze ans, quand elles ont eu lieu. (Le format 6 pouces, lui, devait déjà être dépassé depuis longtemps ! 🙂)

En bref

  • Les masques de photolithographie, qui portent le dessin des circuits, mesurent 6 pouces depuis des dĂ©cennies.
  • Le projet vise un format de 12 pouces pour exposer une puce entière en une seule fois.
  • Aujourd’hui, les très grandes puces demandent deux expositions raccordĂ©es par stitching, coĂ»teuses et dĂ©licates.
  • BĂ©nĂ©fices annoncĂ©s : plus de productivitĂ©, coĂ»ts unitaires en baisse, fin des raccords.
  • Ligne pilote en 2031, machines de production en 2033, dĂ©ploiement en volume visĂ© vers 2030.
  • Les gains restent des projections Ă©mises par les vendeurs et acheteurs de ces machines.

Sources : présentations conjointes des industriels concernés, The Register.