Le vendeur de pioches finance désormais les chercheurs d’or
NVIDIA détient 99 milliards de dollars de participations, placées pour l’essentiel chez des entreprises qui lui rachètent ensuite ses puces.

99 milliards de dollars. C’est la valeur du portefeuille de participations que NVIDIA détient désormais dans d’autres entreprises. Le chiffre a été multiplié par 14 en un an, par 45 en deux ans. Et l’essentiel de cet argent est placé chez des sociétés qui, en retour, achètent des puces à NVIDIA.
Où va l’argent
La liste donne le vertige. 30 milliards dans un fondeur concurrent, 21 dans une entreprise spatiale, plusieurs milliards dans un loueur de GPU en nuage, une plateforme de modèles rachetée pour 12,9 milliards, et une ligne de crédit colossale ouverte à un laboratoire d’intelligence artificielle pour bâtir des centres de données. 48 milliards sont en actions cotées, 48 en sociétés non cotées, le reste en mise en équivalence.
Le mécanisme, en une phrase
Le vendeur de pioches finance les chercheurs d’or, qui achètent ses pioches. Le chiffre d’affaires qui en résulte est bien réel comptablement, mais une partie provient d’argent que l’entreprise a elle-même avancé. Tant que la demande finale suit, personne ne s’en émeut. Le jour où elle ralentit, le vendeur découvre qu’il est aussi le créancier de ses propres clients.
Ce que répond l’entreprise
Sa directrice financière avance un argument qui n’est pas absurde : les besoins en calcul dépassent aujourd’hui ce que les laboratoires peuvent financer seuls, et sans ces avances, une partie des projets n’existerait tout simplement pas. C’est la défense classique du fournisseur qui finance l’équipement de son marché, une pratique vieille comme l’industrie lourde.
Ce qu’il faut garder en tête
Les critiques les plus citées viennent d’investisseurs connus pour parier contre certaines valeurs, ou pour parler fort : leur inquiétude est peut-être fondée, elle n’est pas désintéressée. Ensuite, un portefeuille de participations n’est pas une dette : tant que les titres valent quelque chose, il n’y a pas de trou. Enfin, la comparaison souvent faite avec les portefeuilles d’autres géants oublie une chose, à savoir que ceux-là ont mis plus de 20 ans à les constituer quand celui-ci a poussé en 2. C’est la vitesse qui interpelle, plus que le montant. (Et pour être tout à fait honnête, je serais bien incapable de dire à quel moment ce genre de mécanique se retourne ! 🙂)
En bref
- NVIDIA détient 99 milliards de dollars de participations dans d’autres entreprises.
- Ce portefeuille a été multiplié par 14 en un an et par 45 en deux ans.
- Une grande partie est placée chez des sociétés qui achètent ensuite ses puces.
- L’entreprise justifie ces avances par des besoins en calcul supérieurs aux moyens des laboratoires.
- Le montant n’est pas une dette, mais la vitesse de constitution du portefeuille est inédite.
Sources : documents financiers trimestriels de l’entreprise, déclarations de sa direction financière, Next.
Le Bien Heureux · Redaction Capibara · Mercredi 9 septembre 2026