Six blocs de 5 MHz, et toute lâEurope qui se dispute
La bande 2 GHz qui permet dâappeler par satellite sans antenne se libĂšre en 2027. Les opĂ©rateurs historiques veulent la garder loin de Starlink.

Il reste 6 blocs de 5 MHz appariĂ©s dans la bande 2 GHz, celle qui permet Ă un tĂ©lĂ©phone ordinaire de parler Ă un satellite sans antenne particuliĂšre. Les licences actuelles expirent en mai 2027, et la question de savoir qui rĂ©cupĂ©rera ce spectre est en train de devenir lâun des dossiers les plus disputĂ©s des tĂ©lĂ©coms europĂ©ennes.
Qui veut quoi
Dâun cĂŽtĂ©, un consortium en discussion entre Orange, Deutsche Telekom, Vodafone et TelefĂłnica, câest-Ă -dire les quatre grands opĂ©rateurs historiques du continent, qui nâont aucune envie de voir la couverture satellite de leurs propres abonnĂ©s leur Ă©chapper. De lâautre, Starlink, qui revendique 7,4 millions de clients en Europe, ainsi quâAmazon Leo et AST SpaceMobile. Le premier espĂ©rait obtenir 15 MHz et se retrouve plafonnĂ© Ă 2 blocs de 5 MHz par une rĂšgle qui limite les candidats hors Union europĂ©enne.
Comment Bruxelles a découpé le gùteau
Un tiers de la bande, soit 2 blocs, est rĂ©servĂ© aux communications gouvernementales et de dĂ©fense, via le programme IRISÂČ. Les deux tiers restants partent au commercial, mais avec des procĂ©dures diffĂ©renciĂ©es et une porte ouverte plus large aux candidats Ă©tablis dans lâUnion, dont la direction et le contrĂŽle doivent ĂȘtre europĂ©ens. Ce nâest pas un appel dâoffres ouvert au meilleur payeur, câest un mĂ©canisme construit pour orienter le rĂ©sultat.
Lâargument de chaque camp
Starlink annonce que cette rĂ©gulation augmente considĂ©rablement le risque que des EuropĂ©ens soient privĂ©s de service, ce qui est lâargument classique et pas toujours faux du mieux placĂ© techniquement. Bruxelles rĂ©pond que le marchĂ© amĂ©ricain reste fermĂ© aux opĂ©rateurs europĂ©ens, et refuse de confier lâessentiel dâun spectre stratĂ©gique Ă un acteur unique dĂ©jĂ dominant. Les deux positions se dĂ©fendent, et aucune nâest dĂ©sintĂ©ressĂ©e.
Ce que ça peut changer pour vous
ConcrĂštement, la tĂ©lĂ©phonie par satellite grand public ne remplace pas le rĂ©seau : elle sert Ă envoyer un message ou Ă appeler les secours lĂ oĂč il nây a aucune antenne, en mer, en montagne, dans les zones blanches. Un consortium dâopĂ©rateurs traditionnels intĂ©grerait probablement le service Ă lâabonnement existant, sans matĂ©riel supplĂ©mentaire. Un acteur indĂ©pendant vendrait plutĂŽt son propre abonnement. La diffĂ©rence se lira sur la facture, pas sur la couverture. (Et pour avoir dĂ©jĂ cherchĂ© une barre de rĂ©seau dans les Ardennes, je prends ce qui vient ! đ)
Ce qui nâest pas encore dĂ©cidĂ©
Presque tout, en rĂ©alitĂ©. Le consortium est au stade de la discussion, pas de la signature, et rassembler quatre opĂ©rateurs qui se livrent une guerre commerciale par ailleurs nâa rien dâĂ©vident. Les enchĂšres nâont pas eu lieu et leurs modalitĂ©s prĂ©cises restent Ă publier. Enfin, gagner du spectre ne donne ni satellites en orbite ni service commercialisable : entre lâattribution et le premier appel passĂ© depuis un sommet, il y a des annĂ©es et des milliards. Les dĂ©clarations de ce mois-ci sont du positionnement, pas des engagements.
En bref
- 6 blocs de 5 MHz appariés en bande 2 GHz sont en jeu, les licences expirant en mai 2027.
- Orange, Deutsche Telekom, Vodafone et TelefĂłnica discutent dâun consortium commun.
- Un tiers de la bande est rĂ©servĂ© aux usages gouvernementaux et de dĂ©fense via IRISÂČ.
- Les candidats hors Union européenne sont plafonnés à 2 blocs de 5 MHz.
- Starlink revendique 7,4 millions de clients en Europe et espérait 15 MHz.
- Rien nâest signé : ni le consortium, ni les modalitĂ©s dâenchĂšres.
Sources : documents de la Commission européenne, positions publiques des opérateurs concernés, Next.
Cet articleâŠ
Le Bien Heureux · RĂ©daction Capibara · Mercredi 9 septembre 2026