Faille UEFI : pendant un démarrage réseau, un message ICMP piégé fait exécuter du code avant Secure Boot
Le code de référence EDK II, base de la plupart des firmwares de serveurs, déborde en mémoire pendant le démarrage PXE. Le correctif doit encore descendre.

Il suffit d’un message d’erreur réseau trop long, reçu au mauvais moment. Le 22 octobre 2026, le projet TianoCore a publié un bulletin sur la faille CVE-2026-97631, notée 9,5 sur 10. Elle touche EDK II, le code ouvert sur lequel s’appuient la plupart des firmwares UEFI, ce logiciel qui démarre la machine avant le système d’exploitation.
Selon Ars Technica, les fournisseurs AMI, Insyde et Phoenix reprennent largement ce code, et Project Mu, la variante durcie de Microsoft, contenait aussi le composant fautif. Le bogue aurait 16 ans.
504 octets, pas un de plus
La faille loge dans le pilote PXE, celui qui permet à un serveur de démarrer à partir d’une image envoyée par le réseau local. Pendant ce démarrage, il garde une oreille ouverte sur les messages d’erreur ICMP, ces petits avis que les équipements réseau s’envoient quand un paquet n’arrive pas.
Chaque message est copié dans une case de 504 octets. La boucle de copie compte mal, en IPv4 comme en IPv6 : un message plus long continue d’écrire au-delà de la case, avec des octets choisis par l’expéditeur.
Le bulletin décrit deux conséquences. Au minimum, le démarrage se bloque. Au pire, un attaquant qui connaît la version exacte du firmware glisse dans le même paquet un faux événement et fait exécuter son propre code avec les pleins pouvoirs du processeur, avant que Secure Boot ou le démarrage mesuré n’aient vérifié quoi que ce soit. Aucune authentification n’est demandée, et le message peut venir de n’importe où sur le réseau, tant qu’il atteint la machine pendant son démarrage PXE.
HD Moore, le créateur de Metasploit, cité par Ars Technica, y voit un moyen d’atteindre le TPM, la puce qui garde les clés, et donc de s’attaquer au chiffrement du disque, surtout en cas de vol de la machine.
Une divulgation qui a dérapé
Les découvreurs, Alex Matrosov (Anthropic) et Dan Holmes-Mitra (Google), comptaient garder le secret jusqu’en janvier. Mais le correctif est apparu sur GitHub dès le 28 septembre, a été fusionné le 15 octobre, et le bulletin a suivi. Code de correction public, mode d’emploi implicite : le même scénario que PHP2Shell quelques jours plus tôt (on en a parlé ICI).
Aucune exploitation n’est signalée dans le bulletin. Le problème est ailleurs : EDK II est corrigé, mais le correctif doit encore être repris par chaque fournisseur de firmware, puis par chaque constructeur, avant d’arriver sous forme de mise à jour du BIOS. Pour les machines virtuelles, qui utilisent le firmware OVMF, les distributions Linux vont plus vite, selon IT-Connect : NixOS a intégré le correctif et Red Hat y travaille.
En bref
- CVE-2026-97631 touche le pilote PXE d’EDK II, le code de référence de la plupart des firmwares UEFI.
- Pendant un démarrage réseau, un message ICMP trop long peut faire exécuter du code avant Secure Boot.
- Aucune exploitation signalée, mais le correctif est public depuis septembre.
- Désactiver le démarrage réseau là où il ne sert pas, puis installer la mise à jour du BIOS dès que le constructeur la publie.
Sources : bulletin TianoCore GHSA-99cj-7hg9-mp4m, Ars Technica, IT-Connect.
Cet article…
Le Bien Heureux · Rédaction Capibara · Jeudi 29 octobre 2026