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Le Bien Heureux · Belgique
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Lundi 19 octobre 2026 Édition du matin Numéro LIV
ActualitĂ©s · Après le souper · ≈ 4 min de lecture

À Paris, 17octobre.app cartographie la police au cœur des émeutes, depuis Lessines

La carte 17octobre.app a suivi police, gaz et feux au cœur des émeutes de Paris. Son éditeur est à Lessines, sans forme juridique ni revue RGPD.

Carte sombre de Paris dans l'application 17octobre.app, avec des icônes de feux et un panneau de signalement proposant gaz lacrymogène, tirs, feu en cours, voiture brûlée et piège dangereux
Carte de 17octobre.app, Paris, le 18 octobre 2026. © 17Octobre

Le 17 octobre 2026 Ă  Paris, deux cortèges officiels, 110 000 personnes selon le gouvernement, sont partis de la place de la RĂ©publique Ă  14 h. La place a Ă©tĂ© partiellement Ă©vacuĂ©e peu après, quand des casseurs ont visĂ© un magasin ; des « cortèges sauvages » ont ensuite tentĂ© de rejoindre les lieux de pouvoir. La prĂ©fecture de police annonce 855 interpellations dans l’agglomĂ©ration parisienne, un record. Au milieu de ce chaos circulait 17octobre.app, le « Waze des manifestations ». Son Ă©diteur dĂ©clare une adresse en Belgique.

République, Faubourg du Temple, 10e : la carte colle aux émeutes

La capture de la carte parisienne faite le 18 octobre montre exactement ce pĂ©rimètre : RĂ©publique, le 3e, le Faubourg du Temple et le 10e, constellĂ©s d’icĂ´nes de feu, de mĂ©gaphones et d’alertes, avec 87 personnes connectĂ©es. Ă€ 16 h, le parquet de Paris comptait dĂ©jĂ  195 interpellations, surtout pour « participation Ă  un groupement en vue de commettre des violences ou dĂ©gradations » ; certains interpellĂ©s portaient projectiles, couteaux ou produits explosifs, selon ICI Paris.

Foule de manifestants sur la place de la République à Paris, devant un véhicule blindé de la police équipé d'un canon à eau
Place de la République, Paris, le 17 octobre 2026. © FreCha / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Une carte de la police en temps réel

Le site s’ouvre dans le navigateur ; pour publier, un pseudonyme et un mot de passe suffisent, sans e-mail ni tĂ©lĂ©phone. On peut y indiquer un gaz lacrymogène, des tirs, un feu, une voiture brĂ»lĂ©e, un « piège dangereux » ou un objet suspect, mais aussi, selon le test de Clubic, un canon Ă  eau, un hĂ©licoptère, un vĂ©hicule blindĂ©, une nasse ou une unitĂ© de BRAV-M.

Manifestants vêtus de noir massés au pied et sur le monument de la place de la République, sous une épaisse fumée noire
Place de la République, Paris, le 17 octobre 2026. © FreCha / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Liège, Bruxelles, Montpellier : le même scénario

Ă€ Liège, les rassemblements Ă©tudiants ont dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© les 6 et 7 octobre : fast-foods et abribus visĂ©s place Saint-Lambert, un magasin de jouets pillĂ©. Le bourgmestre Willy Demeyer a interdit, dès le 8 octobre, tout rassemblement de plus de trois personnes. Ă€ Bruxelles, le 9 octobre, la manifestation syndicale contre la rigueur, 30 000 personnes selon la police, a Ă©tĂ© dĂ©bordĂ©e par des jeunes masquĂ©s : canons Ă  eau, gaz, une vingtaine d’arrestations, surtout des mineurs. Ă€ Montpellier, le 17 octobre, 63 interpellations et 36 policiers blessĂ©s autour de l’Écusson, que la prĂ©fecture avait fermĂ© aux manifestants.

Partout, le mĂŞme schĂ©ma : un cortège dĂ©clarĂ© et, en marge, de petits groupes mobiles qui cherchent les rues sans policiers. Interdire les groupes de plus de trois, comme Ă  Liège, ou boucler un centre-ville, comme Ă  Montpellier, suppose que la police garde l’avantage de savoir oĂą elle se trouve.

Est-ce que ça aide les casseurs ?

Rien ne prouve Ă  ce stade que les casseurs parisiens s’en soient servis, et aucune autoritĂ© n’a mis le site en cause publiquement. L’information qui permet Ă  un manifestant pacifique d’Ă©chapper Ă  une nasse ou Ă  un nuage de gaz permet tout autant Ă  un groupe de casseurs de contourner un barrage ou de repĂ©rer une rue sans policiers. Le site interdit l’incitation Ă  la violence dans ses règles, mais sa page d’accueil montrait, selon Clubic, une foule dessinĂ©e avec bâtons et bouteilles sous le slogan « L’essence ? On en veut plus ! ».

En 2019, Apple avait retirĂ© HKmap.live, la carte des manifestants de Hong Kong, en affirmant qu’elle servait Ă  tendre des embuscades Ă  la police. 17octobre.app a choisi le web : aucune boutique ne peut le retirer, seuls son hĂ©bergeur ou un juge.

La fiabilité suit mal. Les contenus sont publiés aussitôt, une IA en examine une partie et, précise le site, « aucun humain ne relit ces décisions ». Deux jours avant la manifestation, Clubic voyait déjà des flammes et des nuages de gaz sur la carte de Paris.

Un éditeur belge sans visage

Les conditions d’utilisation dĂ©signent comme Ă©diteur « 17Octobre », Ă  une adresse de Lessines, dans le Hainaut, sans forme juridique ni numĂ©ro d’entreprise. Le Code de droit Ă©conomique impose pourtant Ă  tout service en ligne d’indiquer clairement qui l’exploite. Et la politique de confidentialitĂ© avoue qu’« une revue juridique (RGPD) est nĂ©cessaire avant le lancement public », alors que le site accueille dĂ©jĂ  des inscriptions et encaisse des paiements par Stripe. En cas de plainte, c’est donc vers la Belgique que la justice française devra se tourner.

En bref

  • Ă€ Paris, la carte de 17octobre.app couvre RĂ©publique, le Faubourg du Temple et le 10e, cĹ“ur des tensions du 17 octobre.
  • 855 interpellations dans l’agglomĂ©ration parisienne, un record selon la prĂ©fecture de police.
  • Liège, Bruxelles et Montpellier ont connu en octobre les mĂŞmes dĂ©bordements en marge des cortèges.
  • Aucune preuve publique ne montre que les casseurs l’ont utilisĂ©, mais rien dans l’outil ne les en empĂŞche.
  • L’Ă©diteur dĂ©clare une adresse Ă  Lessines, sans forme juridique ni numĂ©ro d’entreprise, et admet que sa revue RGPD reste Ă  faire.

Sources : Clubic (15 octobre 2026) ; 17octobre.app, conditions d’utilisation et politique de confidentialitĂ© (consultĂ©es le 18 octobre 2026) ; ICI Paris (17 octobre 2026) ; franceinfo (17 octobre 2026) ; franceinfo (18 octobre 2026) ; L’Avenir (7 octobre 2026) ; AFP via Boursorama (9 octobre 2026) ; France 3 Occitanie (17 octobre 2026).