Les ayants droit d’Elvis attaquent Claude : deux plaintes musicales contre Anthropic en une semaine
Les ayants droit d'Elvis réclament environ 50 millions de dollars à Anthropic, deux jours après Reservoir. En Europe, la règle n'est pas la même.

« All Shook Up », « Can’t Help Falling in Love », « Return to Sender » : 274 chansons d’Elvis Presley sont au cœur d’un procès contre Claude, l’assistant d’IA d’Anthropic. La plainte a été déposée le vendredi 23 octobre 2026 devant le tribunal fédéral de San Francisco par Authentic Brands Group, qui gère l’image du chanteur, et les sociétés qui détiennent les droits de ses compositions, selon le Los Angeles Times.
Elles réclament environ 50 millions de dollars, d’après le quotidien. Anthropic, de son côté, dit contester ces accusations et compter se défendre pleinement. Mais Elvis n’est pas seul : la même semaine, un autre éditeur de musique a attaqué Claude avec presque les mêmes mots.
Deux plaintes, les mêmes phrases
Le mercredi 21 octobre, deux jours avant Elvis, l’éditeur Reservoir Media et Shapiro, Bernstein & Co. ont déposé leur propre plainte au même tribunal. Elle vise 853 œuvres et chiffre les dommages légaux à 127,95 millions de dollars, soit le maximum américain de 150 000 dollars par œuvre en cas de contrefaçon délibérée.
Nous l’avons lue en entier : on y retrouve, mot pour mot, les formules citées par le Los Angeles Times pour la plainte d’Elvis. Anthropic aurait rassemblé des textes copiés sur Internet dans une « bibliothèque centrale » permanente, puisée à chaque nouvelle génération de Claude. Parmi les sources, la plainte de Reservoir cite la bibliothèque pirate Library Genesis, téléchargée par BitTorrent. Ce sont des accusations : Anthropic n’y a pas encore répondu devant le tribunal.
Les deux plaintes reprochent aussi à Claude de réécrire des chansons sur demande en restant trop près des originaux. À l’appui, une réponse que l’assistant aurait lui-même donnée : ses versions « restent très proches des originaux », même structure et mêmes refrains, avec quelques mots changés. Selon les avocats des ayants droit d’Elvis, cités par le Los Angeles Times, au moins six procès liés à des compositions musicales et à l’IA sont en cours à San Francisco.
Ce qui s’est déjà joué aux États-Unis
Anthropic n’en est pas à son premier procès. Des éditeurs, dont Universal Music Publishing et Concord, le poursuivent déjà pour des paroles de chansons. Et dans l’affaire Bartz, intentée par des auteurs de livres, un juge fédéral a approuvé en juillet un règlement de 1,5 milliard de dollars, rapporte ZDNet. Le tribunal avait estimé que l’entraînement d’un modèle relevait du « fair use », l’usage équitable américain, mais pas le téléchargement de copies piratées.
Les nouvelles plaintes s’appuient justement sur ce second point : celle de Reservoir cite l’affaire Bartz et insiste sur la manière dont les textes auraient été obtenus et conservés.
En Europe, la règle n’est pas la même
Chez nous, il n’y a pas de « fair use ». La directive européenne de 2019 sur le droit d’auteur autorise la fouille automatique de textes, y compris pour entraîner une IA, sur des œuvres « accessibles de manière licite » et sauf si l’auteur s’y est opposé, pour un contenu en ligne notamment par un moyen lisible par une machine. Une bibliothèque pirate ne remplit pas la première condition. Depuis le 2 août 2025, le règlement européen sur l’IA oblige les fournisseurs de grands modèles à respecter ces oppositions et à publier un résumé des contenus utilisés pour l’entraînement (article 53).
En Belgique, la Sabam, qui gère les droits de nombreux auteurs et compositeurs, a exercé ce droit d’opposition dès décembre 2023, selon La Libre. Et un tribunal européen a déjà tranché un cas de paroles. Le 11 novembre 2025, le tribunal régional de Munich a donné raison à la GEMA, la Sabam allemande, contre OpenAI pour neuf chansons, dont « Atemlos » et « Männer ». Les juges ont estimé que mémoriser des paroles dans le modèle dépassait la fouille de textes autorisée, d’après Legal Tribune Online. Le jugement n’était pas définitif.
Pour un auteur belge, la question n’est donc pas « usage équitable ou pas », mais « opposition respectée ou pas ». Le procès d’Elvis se jouera, lui, en Californie, et commence par la réponse d’Anthropic au tribunal.
En bref
- Le 23 octobre 2026, les ayants droit d’Elvis Presley ont attaqué Anthropic à San Francisco pour 274 chansons ; environ 50 millions de dollars réclamés, selon le Los Angeles Times.
- Le 21 octobre, l’éditeur Reservoir avait déposé une plainte presque identique : 853 œuvres, jusqu’à 127,95 millions de dollars.
- Les plaintes visent surtout l’obtention et la conservation des textes, et les réécritures trop proches des originaux. Anthropic conteste.
- En Europe, l’entraînement est permis sauf opposition des auteurs ; la Sabam s’y est opposée en 2023, et la justice allemande a donné tort à OpenAI sur des paroles en 2025.
Sources : Los Angeles Times, 25 octobre 2026 ; plainte Reservoir Media contre Anthropic, 21 octobre 2026 (dossier du tribunal) ; ZDNet, 26 octobre 2026 ; directive (UE) 2019/790, article 4 ; règlement (UE) 2024/1689, articles 53 et 113 ; Legal Tribune Online, GEMA contre OpenAI ; La Libre, 13 décembre 2023.
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Le Bien Heureux · Rédaction Capibara · Lundi 26 octobre 2026