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Le Bien Heureux · Belgique
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Samedi 10 octobre 2026 Édition du soir N° 45
ActualitĂ©s · Après le souper · ≈ 3 min de lecture

Des centaines de milliers de chansons que personne n’a Ă©coutĂ©es : 18 mois de prison pour un faussaire du streaming

Un Américain a fait écouter par 10 000 faux comptes des chansons générées par IA, pour toucher les redevances. Il écope de 18 mois de prison à New York.

Une main tient un smartphone affichant l'écran de lecture d'un morceau dans Spotify
Une écoute sur Spotify, l'une des plateformes visées par la fraude. © NeONBRAND · CC0, via Wikimedia Commons

Pendant sept ans, un homme de Caroline du Nord a dirigĂ© l’un des publics les plus fidèles de l’histoire de la musique : il n’a jamais ratĂ© une Ă©coute, ni applaudi une seule fois. Le 6 octobre 2026, Michael Smith a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  18 mois de prison Ă  New York pour avoir escroquĂ© les plateformes de streaming, annonce le parquet fĂ©dĂ©ral du district sud de New York.

Une fraude en trois temps

Le procureur dĂ©crit une mĂ©canique simple, menĂ©e de 2017 Ă  2024. D’abord, crĂ©er des milliers de faux comptes sur Amazon Music, Apple Music, Spotify et YouTube Music, Ă  l’aide d’adresses Ă©lectroniques fictives et de cartes de dĂ©bit obtenues frauduleusement. Ensuite, faire tourner un logiciel qui leur fait Ă©couter en boucle des morceaux dont il dĂ©tenait les droits. Enfin, encaisser les redevances.

Jusqu’Ă  10 000 comptes automatisĂ©s ont fonctionnĂ© en mĂŞme temps.

Pourquoi il lui fallait tant de chansons

Dix mille robots qui Ă©coutent le mĂŞme titre toute la journĂ©e, cela se remarque. Pour rester sous les radars, il fallait Ă©taler les Ă©coutes sur un catalogue immense. Dans un courriel citĂ© par l’accusation, Smith explique avoir besoin d’« une TONNE de chansons, vite » pour contourner les règles antifraude des plateformes.

Composer n’Ă©tant pas assez rapide, il s’est tournĂ© vers l’IA gĂ©nĂ©rative, qui lui a fourni des centaines de milliers de morceaux. Des chansons Ă©crites par personne, Ă©coutĂ©es par personne, et pourtant rĂ©munĂ©rĂ©es.

Qui a payé

Pas seulement les plateformes. Les redevances sont rĂ©parties Ă  partir d’une cagnotte commune, au prorata des Ă©coutes. Chaque Ă©coute fictive a donc retirĂ© quelques fractions de centime Ă  des musiciens bien rĂ©els. D’après Ars Technica, le tribunal a ordonnĂ© la confiscation de 8 091 843,64 dollars. Smith avait plaidĂ© coupable d’association de malfaiteurs en vue d’une fraude Ă©lectronique le 19 mars 2026.

Le détail qui date le communiqué

Le ministère de la Justice prĂ©sente l’affaire comme la première poursuite pĂ©nale du genre. Il ne parle toutefois plus d’intelligence artificielle : son titre Ă©voque une fraude « assistĂ©e par super intelligence », conformĂ©ment au vocabulaire imposĂ© par dĂ©cret Ă  l’administration amĂ©ricaine (on en a parlĂ© ICI).

Le texte garde une trace de l’ancien monde : quelques lignes plus bas, les chansons y sont encore « gĂ©nĂ©rĂ©es par IA ». MĂŞme un communiquĂ© fĂ©dĂ©ral peut contenir un morceau que personne n’a relu.

En bref

  • Michael Smith a Ă©tĂ© condamnĂ© le 6 octobre 2026 Ă  18 mois de prison pour fraude aux redevances de streaming, de 2017 Ă  2024.
  • Jusqu’Ă  10 000 faux comptes Ă©coutaient en boucle des centaines de milliers de chansons gĂ©nĂ©rĂ©es par IA.
  • Les sommes dĂ©tournĂ©es l’ont Ă©tĂ© au dĂ©triment des artistes rĂ©ellement Ă©coutĂ©s ; plus de 8 millions de dollars confisquĂ©s, selon Ars Technica.

Sources : Ministère américain de la Justice, communiqué du 6 octobre 2026 ; Ars Technica (7 octobre 2026)