Aller au contenu
Le Bien Heureux · Belgique Cinq parutions par jour
L’essentiel geek, le temps d’une pause.
Jeudi 24 septembre 2026 Édition du matin N° 29
Actualités Mardi 22 septembre · Au creux de l’après-midi

Amix, l’Unix oublié de l’Amiga, démarre enfin sur 68040 et 68060

Amix, l'Unix SVR4 de l'Amiga 3000UX de 1991, démarre enfin sur 68040 et 68060 grâce à un noyau patché. Joli retour, pas encore un système du quotidien.

Un Amiga 3000UX sur un bureau, avec son moniteur, son clavier et une imprimante, dans une installation des années 1990
© Acp · CC BY-SA 3.0

En 1991, Commodore vendait un Amiga qui ne voulait pas jouer. L’Amiga 3000UX, facturé 4 998 dollars, arrivait avec Amix, un portage complet d’AT&T UNIX System V Release 4, et un slogan qui ne faisait pas dans la nuance : « Born to run UNIX SVR4 ». 35 ans plus tard, trois développeurs finlandais viennent de le sortir du formol, et il démarre désormais sur des processeurs que Commodore n’a jamais vus tourner sous Unix.

Un Unix coincé sur le 68030

Amix avait tout d’une station de travail sérieuse, avec ses contraintes d’époque. L’installation passait par un lecteur de cartouches magnétiques Commodore 3070, X11 s’affichait en noir et blanc, et la couleur demandait une carte graphique A2410 vendue 998 dollars de plus. Surtout, le système était taillé pour le 68030 : les 68040 et 68060 qui ont suivi, avec leur MMU et leurs caches différents, le faisaient tomber. La dernière version, Amix 2.1, date de 1992, et Commodore a disparu deux ans plus tard.

Ce que change le portage

Présenté à la conférence Saku 2026 à Oulu, le projet ne recompile pas Amix, faute de sources : il patche le noyau binaire et lui ajoute une couche de remplacement. Une seule image du noyau gère le 68040 et le 68060 (68LC060 compris), avec les caches activés. Le démarrage en multi-utilisateur fonctionne, X11R5 tourne sur de vraies cartes graphiques Zorro (Piccolo, VA2000), NFS et les disques SCSI répondent. Le bootloader dérive des travaux de Markus Wild datant de 2002, un gestionnaire de paquets baptisé apkg va chercher les logiciels sur Internet, et la documentation est rassemblée dans un « Amix Grimoire ».

L’essentiel du développement s’est fait dans l’émulateur Amiberry, sur les deux processeurs émulés, puis sur du matériel réel équipé d’un accélérateur. Les auteurs revendiquent un recours intensif à des assistants de code pour la rétro-ingénierie, et ont gardé dans le dépôt les erreurs et leurs corrections pour que chacun puisse vérifier le cheminement. (Je l’avoue, voir un login: SVR4 sur un Amiga me fait plus d’effet que la moitié des lancements de smartphones de l’année ! 😄)

Avant de ressortir la tour du grenier

Le dépôt lui-même tempère l’enthousiasme. La stabilité sur la durée n’est pas garantie et plusieurs paniques du noyau sont documentées. La partition de démarrage reste liée au 68030, le Zorro III n’a été testé qu’avec une seule carte, et sur 48 Mo de RAM répartis en deux zones, une seule est exploitée pour l’instant. Surtout, le projet ne distribue pas le noyau Amix d’origine : il faut posséder sa propre installation d’Amix 2.1c, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde 35 ans après la fin de la production. Et si le but est simplement de faire tourner un Unix moderne sur un Amiga, NetBSD 11 propose un portage natif bien plus récent et plus rapide. Amix revit, mais comme une pièce de musée qu’on peut enfin rallumer, pas comme un système de tous les jours.

Même esprit du côté d’Open Look, le gestionnaire de fenêtres livré avec Amix : Tomaž Å tih en a lancé une remise à niveau, déjà démontrée sous FreeBSD 15.1. En 1988, le magazine BYTE se demandait si Open Look allait enfin rendre Unix convivial. La question reste ouverte, mais elle a désormais un bureau pour y réfléchir.

En bref

  • Amix, l’Unix SVR4 de l’Amiga 3000UX (1991), démarre désormais sur 68040 et 68060.
  • Le noyau est patché en binaire, avec X11R5, NFS, SCSI et un gestionnaire de paquets apkg.
  • Développé surtout sous l’émulateur Amiberry, testé ensuite sur du matériel réel.
  • Il faut sa propre copie d’Amix 2.1c, et la stabilité n’est pas garantie.
  • Pour un Unix moderne sur Amiga, NetBSD 11 reste la voie la plus pratique.

Sources : The Register, dépôt GitHub du portage Amix 68040/68060 (asokero).