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Jeudi 24 septembre 2026 Édition du matin N° 29
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460 tubes à vide, 15 minutes de chauffe, et un ordinateur 8 bits qui tourne

460 tubes à vide soviétiques des années 1950, que des portes NOR, un affichage d'horloge de gare : une machine 8 bits qui chauffe un quart d'heure.

The Bubble Computer
© The Bubble Computer

Il occupe une pièce entière, il met un quart d’heure à être prêt, il dégage une odeur de poussière chaude quand on l’allume, et il calcule. Mike, un Britannique retraité et autodidacte en électronique, vient de faire fonctionner sa troisième machine à tubes à vide, celle qu’il appelle simplement The Tube Computer. Sa première avait démarré le 28 mai 2021 ; celle-ci aligne 460 tubes.

460 tubes, et rien d’autre pour calculer

Les tubes sont des 6N3P soviétiques fabriqués dans les années 1950, récupérés et triés. Comme chacun contient deux triodes, la machine en compte 920 au total. Ils sont montés sur 46 cartes de 10 tubes, elles-mêmes réparties sur 5 fonds de panier. Le reste est un mélange assumé d’époques : des diodes au germanium d’origine, des résistances et des condensateurs modernes, parce qu’un condensateur de 1955 ne tient plus.

Le choix d’architecture est le plus intéressant. Toute la logique est bâtie avec un seul type de porte, la porte NOR, exactement comme l’ordinateur de guidage des missions Apollo. C’est une contrainte volontaire, et elle complique beaucoup la conception : tout ce qu’un circuit fait d’ordinaire avec plusieurs briques doit ici se reconstruire à partir d’une seule. Le résultat est une machine 8 bits, dotée d’un registre d’instruction de 4 bits, donc d’un jeu de 16 instructions, capable de mener des calculs jusqu’en 16 bits.

Pourquoi un quart d’heure

Un tube ne conduit que lorsque sa cathode est assez chaude pour émettre des électrons, et ses caractéristiques continuent de dériver tant que l’ensemble n’a pas atteint son équilibre thermique. Avec 460 tubes dans la même pièce, cet équilibre prend du temps, et l’odeur vient de la poussière qui brûle sur les enveloppes de verre. Le constructeur parle d’une dizaine de minutes de stabilisation, la presse a retenu un quart d’heure.

Pour l’affichage, il n’y a évidemment pas d’écran : la sortie binaire pilote un mécanisme récupéré sur une ancienne horloge de la compagnie ferroviaire britannique. Le programme que Mike veut y faire tourner est à l’avenant, un simulateur de vol minimal permettant de mener le dirigeable R80 de Brighton jusqu’à Paris.

(Un dirigeable des années 1920, piloté par une machine à tubes des années 1950, sur un affichage de gare. Il y a une cohérence esthétique là-dedans qui me réjouit ! 😅)

Ce que les titres exagèrent

Plusieurs reprises parlent d’un supercalculateur d’époque soviétique. C’est joli et c’est faux : 460 tubes, c’est une toute petite machine à l’échelle de ce que faisait réellement cette époque, l’ENIAC en alignait 17 468. Ce qui est remarquable ici n’est pas la puissance mais la discipline de conception, et le fait qu’un particulier mène seul un projet de ce format. Ajoutons qu’aucune fréquence d’horloge, aucune consommation électrique et aucun coût n’ont été publiés : il n’y a donc rien à comparer, seulement une machine à regarder. Enfin, le constructeur le dit lui-même, le projet reste en chantier, l’affichage et les entrées-sorties demandent encore des réglages en direct, et le simulateur de vol est une intention, pas une démonstration.

En bref

  • 460 tubes 6N3P soviétiques des années 1950, soit 920 triodes, sur 46 cartes de 10 tubes et 5 fonds de panier.
  • Toute la logique en portes NOR uniquement, comme l’ordinateur de guidage d’Apollo.
  • Machine 8 bits, registre d’instruction de 4 bits, 16 instructions, calculs jusqu’en 16 bits.
  • 10 à 15 minutes de stabilisation thermique avant de pouvoir s’en servir.
  • Affichage mécanique issu d’une horloge de gare ; objectif annoncé, un simulateur de vol minimal.
  • Troisième machine du constructeur, la première ayant démarré le 28 mai 2021.

Sources : thetubecomputer.com, page de projet Hackaday, The Register, Tom’s Hardware.