L’IA prépare une montagne de déchets que personne ne sait traiter
L'infrastructure de l'IA produirait 395 à 617 millions de tonnes de déchets électroniques d'ici 2050, et personne n'a publié de plan pour les traiter.

On sait compter les gigawatts que réclament les centres de données. On sait beaucoup moins bien compter ce qu’il en sortira quand les machines seront usées. Un rapport publié cette semaine par le Basel Action Network, une ONG spécialisée dans le suivi des déchets électroniques, tente le calcul et arrive à un ordre de grandeur inconfortable : entre 395 et 617 millions de tonnes de déchets électroniques produits par l’infrastructure de l’IA entre 2025 et 2050.
Comment on arrive à un tel chiffre
La méthode est simple à décrire. Le modèle part de ce que les industriels annoncent vouloir construire, puis applique à chaque catégorie d’équipement sa durée de vie réelle. Cinq familles sont retenues : le réseau, la distribution électrique, les systèmes de secours, les serveurs eux-mêmes et le refroidissement. Leurs cycles de remplacement vont de 2 à 8 ans, et ce sont les plus courts qui pèsent le plus lourd dans le total. Pour donner une échelle concrète, une installation de référence de 100 MW représente environ 7 000 tonnes d’équipements.
L’ONG traduit ensuite son résultat en conteneurs maritimes : 15 à 23 millions d’unités, et une file de 20 millions de conteneurs mesurerait environ 244 000 km, soit 6 fois le tour de la Terre.
(J’avoue une tendresse pour ce genre d’unité de mesure, qui ne sert à rien mais parle immédiatement. Six tours de Terre, on visualise ! 😅)
Le vrai point du rapport n’est pas le tonnage
Il tient en une phrase : aucun hyperscaler, aucun gouvernement et aucune institution internationale n’a publié de plan pour traiter ces volumes. La filière actuelle est déjà insuffisante pour ce qu’elle reçoit aujourd’hui, avant même l’arrivée de la vague décrite. Un serveur de centre de données n’est pas un téléphone : il contient des métaux récupérables en quantité, mais il arrive par palettes entières et au même moment, ce qui suppose des capacités de traitement qui n’existent nulle part à cette échelle.
Ce que le chiffre ne dit pas
Le Basel Action Network n’est pas un observatoire neutre : c’est une organisation militante, fondée pour lutter contre l’exportation de déchets vers les pays pauvres, et un rapport spectaculaire sert sa cause. Surtout, son modèle part des intentions annoncées par l’industrie, pas de constructions vérifiées ; si les annonces de capacité se dégonflent, le total tombe avec elles. La fourchette elle-même le dit : 56 % d’écart entre ses deux bornes, ce qui est énorme pour un chiffre présenté comme une prévision. Quant aux 6 tours de Terre, c’est un argument visuel, pas une mesure.
En bref
- 395 à 617 millions de tonnes de déchets électroniques liés à l’IA entre 2025 et 2050, selon le Basel Action Network.
- Le calcul part des projets annoncés et applique des cycles de remplacement de 2 à 8 ans.
- Une installation de 100 MW représente environ 7 000 tonnes de matériel.
- Aucun plan de traitement n’a été publié, ni par les industriels ni par les États.
- L’ONG milite contre l’exportation de déchets : le chiffre sert aussi son combat.
Sources : rapport du Basel Action Network, The Register.
Le Bien Heureux · Redaction Capibara · Dimanche 20 septembre 2026