Le verre, pas le transistor : pourquoi la Chine a quinze ans de retard sur les puces
Frank Rohmund, patron des semiconducteurs chez Zeiss, estime à quinze ans le retard chinois sur la lithographie EUV. Le verrou est optique, pas électronique.

Quinze ans. C’est le retard que Frank Rohmund, responsable de la division semiconducteurs de Zeiss, attribue à la Chine sur la lithographie EUV. Il précise lui-même que le chiffre est « raisonnable » plutôt que mesuré, et que les progrès chinois se laissent mal observer.
Zeiss n’est pas un commentateur extérieur. L’entreprise allemande est le fournisseur exclusif des optiques qui équipent les machines EUV d’ASML, et affirme que ses composants entrent dans la fabrication d’environ 80 % des puces du monde. ASML a investi un milliard d’euros pour en prendre une part minoritaire en 2017.
Le verrou n’est pas là où on le cherche
On parle beaucoup de gravure et de nanomètres. L’obstacle est ailleurs : dans les miroirs.
L’ultraviolet extrême travaille à une longueur d’onde que le verre absorbe. Les lentilles deviennent inutilisables, il faut donc des miroirs, polis à une précision de l’ordre de l’atome et empilés en dizaines de couches. C’est ce savoir-faire optique, accumulé sur des décennies, qu’aucun financement ne fabrique en trois ans. (On peut acheter une usine. Un tour de main, non!)
Mais… Ouais, il y a un gros mais!
Rohmund vend des optiques. Son estimation sert aussi Ă rappeler la valeur de ce que sa division produit…, et il reconnaĂ®t lui-mĂŞme l’incertitude de la mesure. Quinze ans est un ordre de grandeur, absolument pas un calendrier.
Le contexte, lui, est net : Washington interdit à ASML de livrer ses machines les plus avancées à Pékin, et cette contrainte pousse précisément la Chine à tout reconstruire seule.
En bref : la Chine ne bute pas sur un plan de financement, elle bute sur un miroir. Ça se rattrape nettement moins vite qu’une usine…
Sources : Bloomberg et Business Standard.
Le Bien Heureux · Redaction Capibara · Jeudi 3 septembre 2026