48 ans de mises à jour et 23 minutes d’autonomie, l’étiquette énergie déraille
Un an après son entrée en vigueur, l’étiquette des smartphones affiche des valeurs impossibles. 2 334 fiches examinées, 80 % sans information de réparation.

Depuis le 20 juin 2025, les smartphones et les tablettes vendus dans l’Union portent une étiquette énergie, comme les lave-linge. Un an plus tard, l’examen des fiches produits donne un résultat qui décourage : 48 ans de mises à jour de sécurité promises ici, 23 minutes d’autonomie annoncées là .
Ce que l’étiquette est censée dire
Les règlements 2023/1669 et 2023/1670 imposent une classe énergétique de A à G, une estimation d’autonomie, une résistance aux chutes, un indice de réparabilité, un nombre de cycles de batterie et un indice de protection contre l’eau et la poussière. Sur le papier, c’est la fiche technique la plus utile jamais imposée à un constructeur, parce qu’elle rend les appareils comparables sur autre chose que le prix.
Ce qu’elle dit en pratique
Right to Repair et iFixit ont dépouillé 2 334 fiches produits. Le résultat principal est que 80 % des smartphones ne fournissent toujours pas l’information de réparation exigée. Le reste relève du n’importe quoi mesurable : une étanchéité à 100 mètres sur un appareil ordinaire, une charge annoncée à 1 W, des résistances d’écran qui vont du saphir au talc d’une fiche à l’autre. Plusieurs constructeurs s’attribuent eux-mêmes la note maximale de 5 sur 5 en réparabilité, en renvoyant vers la page d’accueil d’une place de marché, ou vers une page qui n’existe plus.
Pourquoi personne ne corrige
Parce que les données sont déclaratives et que le contrôle revient à chaque État membre, avec les moyens de chacun. Un constructeur qui s’auto-évalue n’a aucune raison mécanique de se noter sévèrement, et le risque encouru est théorique tant que personne ne vérifie. Nous avions constaté la même mécanique sur le registre européen de la réparabilité, rempli par ceux-là mêmes qu’il doit contraindre.
Ce que ce constat ne prouve pas
Une étiquette mal remplie reste plus utile que pas d’étiquette du tout. Elle a déjà obligé des constructeurs à publier des chiffres d’autonomie et de cycles de batterie qu’ils gardaient pour eux, et les valeurs absurdes sont repérables précisément parce qu’elles sont publiées. Le défaut n’est pas dans le barème, il est dans l’absence de contrôle, ce qui se corrige avec des moyens plutôt qu’avec un nouveau texte.
En bref
- L’étiquette énergie s’applique aux smartphones et tablettes depuis le 20 juin 2025.
- Elle note l’énergie de A à G, l’autonomie, la résistance aux chutes, la réparabilité, les cycles de batterie et l’indice de protection.
- Right to Repair et iFixit ont analysé 2 334 fiches produits.
- 80 % des smartphones ne publient toujours pas l’information de réparation obligatoire.
- Les données sont déclaratives et le contrôle relève de chaque État membre.
Sources : règlements européens 2023/1669 et 2023/1670, analyse conjointe de Right to Repair et iFixit, presse spécialisée du 11 septembre 2026.
Le Bien Heureux · Redaction Capibara · Dimanche 13 septembre 2026