Aller au contenu
Le Bien Heureux · Belgique Cinq parutions par jour
L’essentiel geek, le temps d’une pause.
Jeudi 17 septembre 2026 Édition du matin N° 22
ActualitĂ©s Dimanche 13 septembre · Au creux de l’après-midi

20 milliards de dollars, une licence, quelques embauches, et aucun contrĂ´le

Nvidia n’a pas racheté Groq. Elle a pris une licence et embauché son fondateur. L’opération a échappé au contrôle des concentrations, et c’est tout le sujet.

Le bâtiment du siège de Nvidia, à Santa Clara en Californie.
© Coolcaesar · CC BY-SA 3.0

Le ministère américain de la Justice a ouvert une enquête sur une opération à 20 milliards de dollars conclue en décembre 2025 entre Nvidia et Groq. Son objet n’est pas le montant. C’est la forme juridique, qui a permis à l’opération de ne jamais être examinée.

Le montage

Nvidia n’a pas racheté Groq. Elle a pris une licence non exclusive sur sa technologie de puces d’inférence, et embauché son fondateur Jonathan Ross ainsi que plusieurs cadres dirigeants. Groq demeure juridiquement indépendante : elle a reconstitué une équipe avec les collaborateurs restés en place et levé 650 millions de dollars en juin 2026. Trois mois après l’accord, en mars 2026, Nvidia présentait un nouveau processeur d’inférence.

Pourquoi personne n’a rien examiné

Le seuil de déclaration obligatoire aux États-Unis, aujourd’hui d’environ 119,5 millions de dollars, s’applique aux transferts d’actions et d’actifs. Une licence assortie d’embauches n’est formellement ni l’un ni l’autre. L’opération ne remonte donc pas automatiquement au régulateur, quel que soit son montant. Vingt milliards de dollars sont ainsi restés sous le radar d’un dispositif calibré sur cent dix-neuf millions.

Ce que l’enquête met à l’épreuve

La question posée est simple à formuler et difficile à trancher : la forme juridique décrit-elle la réalité économique ? Les sénateurs Elizabeth Warren et Richard Blumenthal l’avaient posée en mars 2026 en estimant qu’en prenant la licence et en embauchant les employés clés, Nvidia avait acquis Groq en tout sauf le nom. Le ministère en est à une demande formelle d’informations. Aucune conclusion, aucune poursuite. (Le droit de la concurrence a toujours couru derrière les montages, mais rarement avec autant de retard sur ses propres jambes ! 🙂)

Ce que « trop tard » veut dire, et ne veut pas dire

L’idée que l’enquête arrive après la bataille est un jugement de commentateur, pas une position du régulateur. Elle repose sur un constat solide, à savoir que les actionnaires minoritaires se retrouvent avec des parts dans une société vidée de ses ingénieurs, une perte réelle et difficile à réparer. Mais un dossier de concentration ne se règle pas seulement par un blocage : il existe des engagements de licence à des tiers, des obligations d’interopérabilité, des cessions. Et Groq a levé 650 millions après l’opération, ce qui affaiblit sérieusement l’image d’une coquille vide.

En bref

  • Nvidia a pris une licence non exclusive sur la technologie de Groq et embauchĂ© son fondateur, pour environ 20 milliards de dollars.
  • L’accord date de dĂ©cembre 2025, un nouveau processeur d’infĂ©rence a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© en mars 2026.
  • Groq reste juridiquement indĂ©pendante et a levĂ© 650 millions de dollars en juin 2026.
  • Le seuil de dĂ©claration obligatoire, environ 119,5 millions, ne vise que les transferts d’actions et d’actifs.
  • Le ministère de la Justice en est Ă  une demande d’informations, sans conclusion Ă  ce stade.

Sources : ministère américain de la Justice, courrier des sénateurs Warren et Blumenthal de mars 2026, presse économique et spécialisée des 10 et 12 septembre 2026.