Signaler une faille exploitée en 24 heures devient obligatoire
Le Cyber Resilience Act entre dans sa phase contraignante. Alerte sous 24 heures, rapport sous 72 heures, et un guichet qui ouvre le jour mĂȘme.

Ă partir de demain, toute entreprise qui vend en Europe un produit comportant des Ă©lĂ©ments numĂ©riques doit signaler ses failles activement exploitĂ©es. Pas dans le mois, pas quand le correctif est prĂȘt : une alerte prĂ©coce sous 24 heures. Le Cyber Resilience Act entre dans sa phase contraignante, et beaucoup de fabricants vont dĂ©couvrir le texte en mĂȘme temps que lâĂ©chĂ©ance.
Ce quâil faut signaler, et en combien de temps
Deux catĂ©gories dâĂ©vĂ©nements dĂ©clenchent lâobligation : une vulnĂ©rabilitĂ© activement exploitĂ©e, et un incident grave affectant la sĂ©curitĂ© du produit. Le calendrier de signalement se dĂ©roule ensuite en trois temps. Sous 24 heures, une alerte prĂ©coce. Sous 72 heures, un rapport complet. Sous 14 jours, un rapport final. Le destinataire est lâENISA, lâagence europĂ©enne de cybersĂ©curitĂ©, qui redistribue ensuite aux Ă©quipes nationales, les CSIRT.
Qui est concernĂ©, et câest plus large quâon ne croit
Toute organisation qui commercialise sur le marchĂ© europĂ©en un produit comportant des Ă©lĂ©ments numĂ©riques. Pas seulement les Ă©diteurs de logiciels : la camĂ©ra de surveillance, la serrure connectĂ©e, le thermostat, le jouet qui parle, la voiture. Et le texte sâapplique de façon rĂ©troactive aux produits dĂ©jĂ mis sur le marchĂ©, ce qui veut dire quâun objet vendu il y a trois ans et toujours en service entre dans le dispositif.
Trois catégories, deux régimes
Les produits courants relĂšvent de lâauto-Ă©valuation : le fabricant dĂ©clare lui-mĂȘme sa conformitĂ©. Les produits dits importants, parmi lesquels les navigateurs, les VPN et les gestionnaires de mots de passe, exigent une Ă©valuation par un tiers. MĂȘme chose pour les produits critiques, comme les passerelles de compteurs intelligents et les systĂšmes Ă carte Ă puce. Câest cette gradation qui dĂ©cidera du coĂ»t rĂ©el de la mise en conformitĂ© pour chaque fabricant.
Le détail qui va coincer dÚs demain
Lâouverture des comptes chez lâagence europĂ©enne est prĂ©vue pour le 11 septembre. Le mĂȘme jour que lâentrĂ©e en vigueur. Autrement dit, un fabricant qui dĂ©couvrirait demain matin une faille exploitĂ©e devra crĂ©er son compte, comprendre le formulaire et transmettre son alerte dans la mĂȘme journĂ©e. On peut prĂ©voir sans grand risque que les premiers signalements arriveront en retard, et que personne ne sera sanctionnĂ© pour cela, ce qui donne au dispositif un dĂ©marrage plus symbolique que rĂ©el.
Pourquoi ça vaut mieux que rien
Parce que le point de comparaison est le silence. Aujourdâhui, un fabricant qui dĂ©couvre que son produit est attaquĂ© nâa aucune obligation de le dire Ă qui que ce soit, et le calcul commercial penche presque toujours du mĂȘme cĂŽtĂ©. Une obligation de signalement, mĂȘme mal outillĂ©e au dĂ©part, crĂ©e une trace et un dĂ©lai opposable. Elle donne aussi aux Ă©quipes nationales une vue dâensemble quâelles nâavaient pas, ce qui compte quand une mĂȘme faille touche vingt marques qui utilisent le mĂȘme composant. Nous en avions un bel exemple avec le millier de correctifs publiĂ© cette semaine (on en a parlĂ© ICI), oĂč lâabsence dâavis sur une seule faille suffisait Ă laisser des administrateurs dans le noir.
Ce qui reste Ă voir
Beaucoup. Le texte nâatteindra sa pleine application quâen dĂ©cembre 2027, et lâessentiel des obligations de conception nâest pas encore exigible : demain ne concerne que le signalement. Le montant rĂ©el des sanctions et surtout la volontĂ© de les appliquer restent inconnus, or une obligation sans contrĂŽle ressemble vite Ă une recommandation, comme le montre le dossier de la rĂ©parabilitĂ© des tĂ©lĂ©phones. Enfin, personne ne sait ce que lâagence europĂ©enne fera dâun flux de signalements dont nul ne connaĂźt le volume : le dispositif peut aussi bien crĂ©er une vraie visibilitĂ© que produire une base de donnĂ©es que personne nâa les moyens de lire. (Rendez-vous dans un an pour compter les signalements rĂ©ellement dĂ©posĂ©s ! đ)
En bref
- Les obligations de signalement du Cyber Resilience Act entrent en vigueur le 11 septembre 2026.
- Deux déclencheurs : vulnérabilité activement exploitée, ou incident grave affectant la sécurité du produit.
- Trois délais : alerte précoce sous 24 heures, rapport complet sous 72 heures, rapport final sous 14 jours.
- Les signalements vont Ă lâENISA, qui les redistribue aux CSIRT nationaux.
- Le texte vise tout produit comportant des Ă©lĂ©ments numĂ©riques vendu dans lâUnion, y compris ceux dĂ©jĂ commercialisĂ©s.
- Navigateurs, VPN et gestionnaires de mots de passe relĂšvent dâune Ă©valuation par un tiers.
- Lâouverture des comptes chez lâagence europĂ©enne nâintervient que le jour mĂȘme de lâentrĂ©e en vigueur.
- Lâapplication complĂšte du rĂšglement est attendue en dĂ©cembre 2027.
Sources : texte du rĂšglement europĂ©en sur la cyberrĂ©silience, documentation de lâagence europĂ©enne de cybersĂ©curitĂ©, Next.
Cet articleâŠ
Le Bien Heureux · RĂ©daction Capibara · Vendredi 11 septembre 2026