La réparabilité est obligatoire, et presque personne ne joue le jeu
Les fabricants doivent publier de quoi réparer nos téléphones depuis juin 2025. Sur plus de deux mille modèles, huit sur dix ne le font toujours pas.

Depuis juin 2025, un fabricant qui vend un téléphone ou une tablette dans l’Union européenne doit publier de quoi le faire réparer : un indice de réparabilité, le prix des pièces détachées, les instructions de démontage, le tout déposé dans un registre européen consultable par tout le monde. Un relevé vient d’être fait dans ce registre. Le résultat est édifiant.
Ce que dit le relevé
Sur 2 334 modèles de téléphones enregistrés, à peine 18 % renvoient réellement vers un site où trouver l’information promise. Plus de huit appareils sur dix n’exposent donc pas ce que la réglementation exige. Dans la moitié des fiches, des champs sont simplement laissés vides. Dans près d’un cas sur cinq, le lien fourni existe, mais mène à une page qui ne contient rien d’utile, ce qui revient au même tout en cochant la case.
Pourquoi ça coince
Le mécanisme repose sur l’auto-déclaration : c’est le fabricant qui remplit sa fiche, y compris son propre indice de réparabilité. Personne ne vérifie systématiquement ce qui est déposé, et aucune sanction n’a été appliquée à ce jour. Une obligation sans contrôle et sans amende ressemble beaucoup à une recommandation, et les résultats le montrent.
Ce que vous pouvez en faire quand mĂŞme
Le registre existe, il est public, et il reste utile avant un achat : quand un constructeur a joué le jeu, on y trouve le prix des pièces, ce qui est souvent plus parlant que n’importe quel discours commercial sur la durabilité. Comparer deux modèles sur ce point prend deux minutes et révèle vite lequel des deux compte vous revoir dans trois ans. À l’inverse, une fiche vide est une information en soi. (Découvrir que l’écran coûte la moitié du téléphone reste le test le plus efficace que je connaisse ! 🙂)
Ce que ce relevé ne prouve pas
Une précision honnête : ce travail a été mené par une organisation qui milite précisément pour le droit à la réparation, ce qui ne rend pas ses chiffres faux, mais oriente naturellement la lecture qui en est faite. Le relevé mesure la présence d’informations dans un registre, pas la réparabilité réelle des appareils : un constructeur peut très bien remplir sa fiche avec application et vendre un téléphone collé de partout, comme l’inverse est possible. Enfin, la réglementation est jeune, et il n’est pas absurde qu’une partie des fiches manquantes relève de la négligence administrative plutôt que d’un refus délibéré. Cela n’excuse rien, mais cela se corrige plus vite.
Le Bien Heureux · Redaction Capibara · Mardi 8 septembre 2026