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Le Bien Heureux · Belgique Cinq parutions par jour
L’essentiel, le temps d’une pause.
Dimanche 13 septembre 2026 Édition du matin N° 18
Bien expliqué Lundi 7 septembre · Au creux de l’après-midi

La seconde intercalaire vit ses dernières années

Les gardiens du temps proposent un temps universel continu dès mai 2027. Plus de seconde ajoutée, et une dérive tolérée jusqu’à une heure entière.

Instrument de laboratoire cylindrique constituant une horloge atomique a fontaine de cesium
© NIST · Domaine public

Il existe une catégorie de problèmes informatiques dont personne ne parle jamais, sauf une fois tous les deux ou trois ans, quand des serveurs tombent tous ensemble sans raison apparente. La seconde intercalaire en fait partie. Les gardiens du temps proposent aujourd’hui de la supprimer, et le vote est prévu en octobre.

D’où vient cette seconde en trop

Deux façons de mesurer le temps coexistent depuis les années soixante. La première est atomique : régulière, insensible à tout, d’une stabilité inhumaine. La seconde est astronomique : elle suit la rotation de la Terre, laquelle ralentit, accélère et fait à peu près ce qu’elle veut. Comme la vie quotidienne tient à ce que midi tombe à peu près quand le Soleil est au plus haut, on a décidé de raccorder les deux. Le raccord, c’est la seconde intercalaire : de temps en temps, on glisse une seconde supplémentaire dans la journée pour que l’heure officielle ne s’éloigne jamais de plus de neuf dixièmes de seconde de la rotation réelle. Vingt-sept secondes ont ainsi été ajoutées depuis 1972.

Pourquoi les machines détestent ça

Parce qu’une minute de soixante et une secondes n’existe dans aucun manuel. Des milliers de programmes supposent, sans jamais l’écrire, que le temps avance d’une seconde par seconde et qu’aucune valeur ne se répète. Quand la seconde arrive, certains systèmes la refusent, d’autres la comptent deux fois, d’autres se figent. Les grands opérateurs ont fini par contourner le problème en étalant la seconde sur plusieurs heures, chacun à sa manière, ce qui règle leur cas mais fait cohabiter plusieurs versions de l’heure exacte sur le même réseau. On mesure le confort de la solution.

Le nouveau problème, c’est la seconde négative

Depuis quelques années, la Terre tourne légèrement plus vite. Si la tendance se maintient, il ne faudra plus ajouter une seconde mais en retirer une, ce qui n’a jamais été fait nulle part. Les métrologues britanniques du laboratoire national de physique estiment à environ trente pour cent la probabilité qu’une telle seconde négative devienne nécessaire d’ici 2035, et préviennent qu’une seconde retirée pourrait désorganiser sérieusement des infrastructures critiques. Autrement dit : le remède connu risque de se transformer en une opération que personne n’a jamais testée en conditions réelles.

Ce que changerait la réforme

La proposition consiste à rendre le temps universel coordonné continu à partir du 20 mai 2027. Plus d’ajout, plus de retrait, plus de minute anormale. En échange, on accepte que l’heure officielle s’éloigne progressivement de la rotation terrestre, avec une tolérance portée jusqu’à une heure entière. Au rythme observé, atteindre cet écart demanderait environ mille ans. La réforme ne résout donc pas le problème, elle le repousse d’un millénaire, ce qui est une définition très acceptable de résoudre un problème. (Nos arrière-arrière-petits-enfants du trentième siècle apprécieront le cadeau ! 🙂)

Ce qui n’est pas encore joué

Le vote, précisément. La décision revient à la conférence générale des poids et mesures, qui se prononce en octobre, et les spécialistes la jugent probable sans qu’elle soit acquise. L’estimation des mille ans repose par ailleurs sur une extrapolation de la rotation terrestre, c’est-à-dire sur la seule grandeur de toute cette affaire qui refuse obstinément d’être prévisible. Enfin, il faut noter qui pousse à la réforme : les exploitants de grands réseaux, pour qui chaque seconde intercalaire est un coût et un risque. Leur intérêt ne rend pas leurs arguments faux, mais il explique l’énergie déployée.

En bref

  • Vingt-sept secondes intercalaires ont été ajoutées au temps universel coordonné depuis 1972.
  • La proposition rendrait ce temps continu à partir du 20 mai 2027, avec une dérive tolérée jusqu’à une heure.
  • À ce rythme, l’écart d’une heure serait atteint dans un millier d’années environ.
  • La Terre accélérant, une seconde négative jamais testée pourrait sinon devenir nécessaire d’ici 2035.
  • Le vote décisif est attendu en octobre 2026.

Sources : conférence générale des poids et mesures, laboratoire national de physique britannique, The Register.