Aller au contenu
Le Bien Heureux · Belgique
L’essentiel geek, le temps d’une pause.
Vendredi 16 octobre 2026 Édition du matin N° 51
Bien expliqué · Avant le café · ≈ 3 min de lecture

Canal+ réclamait 50 000 € par jour à Cloudflare : le tribunal refuse, et le DNS 1.1.1.1 reste sans filtre

Le tribunal judiciaire de Paris a rejeté le 17 septembre 2026 les astreintes demandées par Canal+. Cloudflare bloque par son CDN, pas par son résolveur DNS.

Des étagères de lampes à lave colorées dans le hall des bureaux de Cloudflare à San Francisco, le nom de l'entreprise inscrit au sol.
Le mur de lampes à lave du siège de Cloudflare, à San Francisco, en 2021. © HaeB / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Canal+ voulait faire payer Cloudflare 50 000 € par jour et par site de streaming sportif resté accessible. Le tribunal judiciaire de Paris a dit non le 17 septembre 2026, dans deux jugements que TorrentFreak a mis en ligne. Pour comprendre pourquoi, il faut distinguer deux métiers que Cloudflare exerce en même temps.

Deux services, deux façons de bloquer

Le premier est le résolveur DNS public 1.1.1.1. C’est un annuaire : vous tapez un nom de site, il répond par l’adresse du serveur. Bloquer à ce niveau revient à faire mentir l’annuaire pour tous ceux qui l’interrogent.

Le second est le CDN, un réseau de serveurs relais qui distribue les pages des sites clients de Cloudflare. Ici, bloquer signifie couper le robinet à la source, mais seulement pour les sites qui ont choisi ce relais.

En avril 2026, le même tribunal avait ordonné à Cloudflare de bloquer 21 noms de domaine diffusant la Formule 1 et 16 diffusant le MotoGP, sans imposer la méthode. Cloudflare a choisi : le CDN, rien que le CDN.

L’argument de Canal+ se retourne

Assignation en mai : pour Canal+, c’est un contournement. Côté Formule 1, seuls 3 des 21 domaines auraient été bloqués, et deux d’entre eux sont revenus une semaine plus tard, l’un en changeant de CDN, l’autre par un site miroir, rapporte TorrentFreak.

Le tribunal ne suit pas. Il relève que Cloudflare affirme que l’architecture de son DNS public ne permet pas le blocage, puis s’appuie sur un chiffre produit par Canal+ lui-même : 72,6 % des sites visés ont été effectivement bloqués, ce qui démontre selon le jugement « une véritable volonté de contribuer à la cessation » des atteintes. Le texte n’explique pas comment ce pourcentage s’accorde avec les 3 sur 21, note TorrentFreak.

Quant aux sites qui déménagent, Cloudflare n’en répond pas. À Canal+ de s’adresser au nouvel intermédiaire et de signaler les miroirs à l’Arcom. Canal+ invoquait l’arrêt UPC Telekabel Wien de la Cour de justice de l’Union européenne pour exiger un blocage efficace ; le tribunal y lit une obligation de mesures raisonnables, pas de résultat. Astreintes rejetées, de même que les 20 000 € de frais réclamés.

Ce que la décision ne dit pas

Ce n’est pas un blanc-seing pour tous les DNS publics. Les jugements portent sur des astreintes et sur des ordonnances qui laissaient le choix du moyen. Un autre résolveur, Quad9, fait face à des demandes comparables de beIN Sports devant la justice française, selon TorrentFreak. Et la décision ne vaut que pour la France.

Pour l’utilisateur, le constat est simple : à ce jour, 1.1.1.1 répond sans filtre. Cloudflare l’écrit dans son rapport de transparence, cité par TorrentFreak : aucun contenu n’a été bloqué par ce résolveur.

En bref

  • Le 17 septembre 2026, le tribunal judiciaire de Paris a rejeté les astreintes de 50 000 € par jour et par site demandées par Canal+ contre Cloudflare.
  • Cloudflare bloque les sites visés par son CDN, pas par son résolveur DNS 1.1.1.1.
  • Le tribunal retient une obligation de mesures raisonnables, pas de résultat.
  • D’autres procédures visent des résolveurs DNS : la question n’est pas close.

Sources : jugement du tribunal judiciaire de Paris du 17 septembre 2026, RG 26/08243 (PDF) ; TorrentFreak.