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Le Bien Heureux · Belgique
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Jeudi 8 octobre 2026 Édition du matin N° 43
Bien expliquĂ© · Avant le cafĂ© · ≈ 3 min de lecture

Nobel de chimie 2026 : le Français Henri Kagan et Kenso Soai ont appris aux molécules à choisir leur main

Le Nobel de chimie 2026 récompense Henri Kagan et Kenso Soai : leurs réactions expliquent comment la chimie du vivant a pu ne garder qu'une forme miroir.

Deux mains gantées de violet présentent chacune un modèle de la molécule d'alanine, images l'une de l'autre dans un miroir
Les deux formes miroir d'un acide aminé, l'alanine : le vivant n'en utilise qu'une. Illustration de la NASA (2025). © NASA's Scientific Visualization Studio · domaine public, via Wikimedia Commons

Vos mains se ressemblent, mais aucune rotation ne permet de les superposer. Beaucoup de molĂ©cules ont la mĂŞme propriĂ©té : elles existent en deux versions, images l’une de l’autre dans un miroir. Le 7 octobre 2026, l’AcadĂ©mie royale des sciences de Suède a attribuĂ© le prix Nobel de chimie au Français Henri B. Kagan et au Japonais Kenso Soai, pour avoir montrĂ© comment la chimie peut n’en fabriquer qu’une.

L’Ă©nigme : la vie est droitière, ou gauchère, jamais les deux

Les acides aminĂ©s, briques des protĂ©ines, existent tous en deux formes miroir. Or les ĂŞtres vivants n’en utilisent qu’une ; l’autre est rare dans la nature. Les chimistes appellent cela l’homochiralitĂ©, du grec pour « mĂŞme main ».

Le problème, c’est qu’au laboratoire, une rĂ©action capable de produire les deux formes en donne obstinĂ©ment autant de l’une que de l’autre. D’oĂą vient alors le dĂ©sĂ©quilibre total du vivant ? Le comitĂ© Nobel parle d’un mystère vieux de plus d’un siècle.

La question n’est pas que philosophique. Dans un mĂ©dicament, rappelle le comitĂ©, une seule des deux formes a l’effet recherché : savoir fabriquer la bonne main est un enjeu industriel.

1986 : Kagan casse la règle de proportion

Henri Kagan, nĂ© en 1930 Ă  Boulogne-Billancourt et professeur Ă©mĂ©rite de l’ancienne universitĂ© Paris-Sud, franchit le premier pas en 1986. Il dĂ©couvre une manière de conduire les rĂ©actions qui produit un excès d’une forme miroir plus grand que ce qu’on croyait possible.

C’est ce que le prix nomme les « effets non linĂ©aires » : le rĂ©sultat n’est plus proportionnel au dĂ©sĂ©quilibre de dĂ©part. Un lĂ©ger avantage donnĂ© Ă  une main peut ĂŞtre amplifiĂ©.

1995-2003 : Soai laisse la rĂ©action s’emballer

Kenso Soai, nĂ© en 1950 Ă  Hiroshima et professeur Ă©mĂ©rite Ă  l’universitĂ© des sciences de Tokyo, pousse l’idĂ©e au bout. En 1995, il dĂ©crit la première rĂ©action qui a le potentiel de devenir homochirale. En 2003, il y parvient : une seule des deux formes sort du flacon.

Le ressort s’appelle l’autocatalyse : la molĂ©cule produite aide Ă  fabriquer d’autres exemplaires d’elle-mĂŞme. Dès qu’une forme prend une courte avance, elle accĂ©lère sa propre production et finit par tout rafler. Personne n’avait rĂ©ussi cela auparavant, note l’AcadĂ©mie, « à part la vie elle-mĂŞme ».

Ce que le prix ne dit pas

Ces travaux montrent qu’un infime dĂ©sĂ©quilibre peut devenir total par des moyens purement chimiques. Ils ne racontent pas ce qui s’est rĂ©ellement produit sur la Terre primitive, ni pourquoi c’est cette main-lĂ  qui l’a emportĂ©. Ils rendent le scĂ©nario possible, ce qui est dĂ©jĂ  beaucoup.

Les deux lauréats se partagent à parts égales 12 millions de couronnes suédoises. Henri Kagan reçoit le prix quarante ans après la découverte qui le lui vaut : en chimie aussi, certaines réactions sont lentes.

En bref

  • Le Nobel de chimie 2026 va Ă  Henri B. Kagan (France) et Kenso Soai (Japon), pour les effets non linĂ©aires et l’autocatalyse en synthèse asymĂ©trique.
  • Leurs rĂ©actions amplifient un lĂ©ger excès d’une forme miroir, jusqu’Ă  n’en produire qu’une seule.
  • Elles Ă©clairent l’origine possible de l’homochiralitĂ© du vivant et servent la fabrication de mĂ©dicaments.

Sources : Académie royale des sciences de Suède, communiqué du 7 octobre 2026