Starlink contre AST SpaceMobile : deux façons de relier votre smartphone à l’espace
Starlink mise sur le nombre, AST SpaceMobile sur des antennes géantes. Où se placent Proximus et Orange, et pourquoi la Belgique est concernée. Notre dossier.

Votre smartphone captera-t-il un jour le réseau directement depuis l’espace, au fond d’une vallée ardennaise ou en pleine mer ? Deux entreprises américaines s’affrontent pour vous le proposer, avec deux visions d’ingénierie opposées : Starlink, la filiale de SpaceX, mise sur le nombre, AST SpaceMobile sur la taille. Et les opérateurs présents en Belgique y sont déjà mêlés, chacun à sa façon. Avec cet article, Le Bien Heureux ouvre un dossier que nous compléterons à chaque nouvel épisode.
Starlink : la force du nombre
Selon sa page officielle, Starlink Mobile compte 650 satellites en orbite basse, chacun équipé d’une antenne qui fonctionne comme une antenne-relais dans l’espace. Ils parlent directement aux téléphones 4G existants, sans matériel particulier, et s’intègrent au réseau d’un opérateur partenaire « comme un partenaire d’itinérance ». Pour l’instant, le service permet surtout les messages et les données dans certaines applications. Starlink promet beaucoup plus avec sa prochaine génération, un débit « environ 20 fois supérieur » par satellite, et vient d’obtenir aux États-Unis le feu vert pour 15 000 satellites de ce type, selon The Verge.
AST SpaceMobile : la force de la taille
AST prend le problème à l’envers : moins de satellites, mais gigantesques. Ses premiers BlueBird, lancés en septembre 2024, déploient une antenne de 64 mètres carrés, à peu près la surface d’un terrain de squash, selon Space.com. La deuxième génération va beaucoup plus loin : environ 223 mètres carrés, soit trois fois et demie plus, pour le BlueBird 6 lancé en décembre 2025, selon SatNews. Une telle surface doit capter le signal très faible d’un smartphone ordinaire et promet de la voix et des données à haut débit.
Le calendrier, lui, glisse. AST a perdu un satellite lors d’un lancement raté en avril 2026, et a reconnu en juillet que ses plans de lancement étaient repoussés de fin 2026 à début 2027, rappelle Light Reading.
Où se placent les opérateurs belges
Proximus ne propose pas Starlink à ses abonnés. Mais sa filiale BICS est, depuis novembre 2025, le fournisseur préféré de Starlink en Europe pour relier ses satellites aux réseaux des opérateurs, un rôle de « bourse d’itinérance », selon son communiqué. Une entreprise belge fait donc passer le trafic, sans être encore un débouché pour ses propres clients.
Orange, de son côté, a signé en mars 2026, au niveau du groupe, un protocole d’accord non exclusif avec AST SpaceMobile et Satellite Connect Europe, la coentreprise d’AST et de Vodafone, selon Via Satellite. Une démonstration était prévue en Roumanie en 2026 ; elle devient un test, repoussé au début de 2027 faute de satellites en nombre suffisant. Orange travaille en parallèle avec la société Skylo pour les SMS par satellite en France, et vient de signer avec trois autres opérateurs une lettre d’intention pour une offre européenne (on en a parlé ICI). Aucune de ces annonces ne cite la Belgique.
Le vrai défi : les fréquences et les frontières
La bataille se joue aussi sur les ondes. Les droits sur la bande des 2 GHz, réservée en Europe aux services mobiles par satellite, expirent en mai 2027, et Bruxelles veut en redécouper l’attribution. Autre casse-tête, soulevé par le directeur technique d’Orange, Laurent Leboucher, dans Light Reading : utiliser une partie des fréquences d’un opérateur pour le satellite oblige à mesurer l’effet sur les autres opérateurs, et à savoir à quelle distance des frontières il faut rester pour ne pas brouiller les pays voisins. Pour un petit pays comme la Belgique, entouré de quatre voisins, la question n’a rien de théorique.
Les questions que ce dossier va suivre
- Un opérateur belge proposera-t-il la connexion directe par satellite à ses clients, et avec quel partenaire ?
- Orange Belgium suivra-t-il le choix d’AST fait par son groupe, et à quelle échéance ?
- Qui obtiendra la bande des 2 GHz en 2027, et quelle place auront les acteurs européens face à SpaceX ?
- Comment l’IBPT, le régulateur belge, encadrera-t-il ces services et les interférences près des frontières ?
- Les promesses de haut débit d’AST et de la nouvelle génération de Starlink seront-elles tenues ?
En bref
- Starlink mise sur des centaines de satellites, AST SpaceMobile sur des antennes géantes de 64 à 223 m².
- BICS, filiale de Proximus, relie Starlink aux opérateurs européens, sans offre pour les clients belges.
- Orange a signé un accord non exclusif avec AST au niveau du groupe ; ses essais sont repoussés à 2027.
- Fréquences et interférences aux frontières seront décisives pour la Belgique.
Sources : Starlink, page Starlink Mobile ; BICS, communiqué du 25 novembre 2025 ; Via Satellite (2 mars 2026) ; Light Reading (22 octobre 2026) ; Space.com (septembre 2024) ; SatNews (24 décembre 2025) ; The Verge (23 octobre 2026).
Le Bien Heureux · Rédaction Capibara · Samedi 24 octobre 2026