Badges, portes, climatisation : les rançongiciels prennent désormais les bâtiments en otage
Selon Armis Labs, 91 % des systèmes de gestion des bâtiments parlent des protocoles non sécurisés. Un hôpital canadien a perdu ses badges et sa clim en août.

En aoĂ»t 2026, un rançongiciel a frappĂ© les systèmes de maintenance des bâtiments du Health Sciences Centre de Winnipeg, le plus grand hĂ´pital du Manitoba, et de Cancer Care Manitoba. Pas les dossiers des patients : les contrĂ´les d’accès des portes, la supervision de la climatisation et l’Ă©mission des badges du personnel, selon The Register.
Ce cas ouvre un rapport publiĂ© en octobre par Armis Labs, la branche de recherche d’Armis, qui appartient Ă ServiceNow. Son constat : pour faire payer, les attaquants n’ont plus besoin de chiffrer des fichiers quand ils peuvent bloquer des portes.
Des réseaux conçus pour rester fermés
La gestion technique du bâtiment (GTB) pilote le chauffage, la ventilation, l’Ă©clairage et l’Ă©nergie, mais aussi les lecteurs de badges, les serrures, les camĂ©ras et les centrales d’alarme incendie. Ses protocoles, BACnet, KNX, Modbus ou LonWorks, ont Ă©tĂ© pensĂ©s pour des rĂ©seaux isolĂ©s ; ils supposent une sĂ©paration avec internet qui n’existe plus.
Armis Labs avance trois chiffres, issus de ses recherches du troisième trimestre 2026 : 91 % des systèmes de GTB communiquent par des protocoles non sĂ©curisĂ©s, 73 % des organisations ont au moins une faille dĂ©jĂ exploitĂ©e dans l’un de ces systèmes, et 73 % utilisent un type d’Ă©quipement dĂ©jĂ visĂ© par des rançongiciels. Armis vend des outils de surveillance de ces rĂ©seaux : ses chiffres viennent de ses propres donnĂ©es clients et ne sont pas vĂ©rifiables de l’extĂ©rieur.
Une bonne cachette pour revenir
Michael Freeman, directeur de la recherche sur les menaces chez ServiceNow, a racontĂ© Ă The Register le cas d’une grande institution financière : chassĂ©s plusieurs fois de son informatique de bureau, les intrus y revenaient par une porte dĂ©robĂ©e installĂ©e dans la GTB, plus facile Ă compromettre et oĂą ils se cachaient mieux.
Ces Ă©quipements tournent en continu et se mettent mal Ă jour. Selon Armis, environ 28 % des failles sont exploitĂ©es le jour mĂŞme de leur inscription au catalogue des failles exploitĂ©es de l’agence amĂ©ricaine CISA. Tim Beasley, consultant en rĂ©ponse aux incidents chez Semperis, cite un client qui refusait de payer : l’attaquant a verrouillĂ© tout le monde dehors, et la police a dĂ» casser des vitres pour rouvrir les bureaux.
Ce que retient le rapport
La recommandation d’Armis tient en deux gestes : traiter la GTB comme un système de continuitĂ© d’activitĂ©, avec un responsable nommĂ©, et la surveiller en continu plutĂ´t que par un scan de temps en temps. Pour un gestionnaire de bâtiment, la première question Ă poser au prestataire reste simple : la passerelle de la GTB est-elle joignable depuis internet ?
En bref
- En août 2026, un rançongiciel a touché portes, badges et climatisation du plus grand hôpital du Manitoba.
- Selon Armis Labs, 91 % des systèmes de gestion technique des bâtiments utilisent des protocoles non sécurisés.
- Des intrus utilisent ces systèmes pour se cacher et revenir dans le réseau informatique.
- Armis vend des outils de surveillance : ses chiffres viennent de ses propres données.
Sources : Armis Labs, Early Warning Insights for Building Automation Systems (octobre 2026) ; The Register, entretiens avec Michael Freeman et Tim Beasley (17 octobre 2026) ; Shared Health, point sur l’incident de rançongiciel (14 aoĂ»t 2026).
Le Bien Heureux · RĂ©daction Capibara · Dimanche 18 octobre 2026