Un domaine ferme, et 20 931 adresses avec lui
Verisign supprime les noms en prenom.nom.name et les redirections de courrier qui vont avec. Ce qui se perd n’est pas un site, c’est une identité.

« Pour faire simple, je disparais d’Internet. » La phrase est d’un titulaire qui utilise la même adresse depuis 25 ans, et elle résume une décision passée totalement inaperçue : Verisign arrête les noms de troisième niveau en prenom.nom.name, et supprimera les 20 931 encore enregistrés.
De quoi on parle exactement
Le .name est un TLD ouvert en 2001 avec une idée maligne pour l’époque : au lieu de vendre un domaine entier, on vendait un cran plus bas, jean.dupont.name, ce qui permettait à tous les Jean Dupont du monde de cohabiter sur le même nom de famille. Chaque enregistrement donnait droit à ce nom de troisième niveau et à une redirection de courrier électronique. C’est précisément ce niveau-là qui disparaît, avec les redirections qui vont avec. Les .name classiques, à deux niveaux, ne sont pas concernés.
Le calendrier
La demande a été déposée en avril 2026, acceptée par l’ICANN en mai, et formalisée fin juillet. Le registre justifie sa décision par un déclin de l’usage et estime que la majorité de ces noms ne servent plus. Un recours en réexamen a été déposé auprès de l’ICANN, sans qu’il paraisse devoir aboutir. Autrement dit, la décision est prise, et 20 931 noms vont s’éteindre.
Le problème n’est pas le site, c’est le courrier
Un nom de domaine que l’on perd, c’est un site qui tombe et un lecteur qui va voir ailleurs. Une adresse de courrier électronique que l’on perd, c’est autre chose : c’est l’identifiant de connexion de comptes ouverts il y a 20 ans, l’adresse de récupération de mot de passe, le contact que des gens ont dans leur carnet depuis toujours. Quand elle s’arrête, on ne perd pas une vitrine, on perd la clé de ses propres comptes. Et personne ne récupère la liste des services auxquels il s’est inscrit en 2006. (J’ai fait l’inventaire par curiosité, et j’ai arrêté de compter à 40 ! 🙂)
Ce que ça révèle
Une adresse ne s’achète pas, elle se loue. Le titulaire d’un nom de domaine détient un droit d’usage renouvelable, pas une propriété, et ce droit dépend d’un registre qui peut décider que le produit n’est plus rentable. Le cas est rare à ce niveau, mais il n’est pas nouveau : la même logique s’applique à toute adresse hébergée chez un tiers, y compris chez les fournisseurs de messagerie gratuits. Le cas n’a rien d’isolé : un fournisseur d’accès britannique vient de confier les boîtes de ses abonnés à un prestataire tiers, avec 45 jours pour réagir. La seule vraie protection consiste à posséder son propre domaine, à deux niveaux, chez un registrar que l’on peut quitter, et à savoir le transférer.
Ce qu’il faut relativiser
Le registre n’a pas complètement tort sur les chiffres : environ 22 000 enregistrements pour un TLD ouvert il y a 25 ans, c’est un échec commercial, et l’essentiel dort probablement. Il faut aussi noter que nous entendons surtout les titulaires actifs, ceux qui protestent, ce qui donne l’impression trompeuse que les 20 931 noms étaient tous vivants. Enfin l’ICANN, souvent présentée comme le gardien des intérêts des utilisateurs, n’a ici qu’un rôle d’instruction contractuelle : elle vérifie que le registre respecte son contrat, pas que la décision est juste. C’est une nuance qui explique beaucoup de déceptions.
En bref
- Verisign arrête les noms de troisième niveau en prenom.nom.name et supprimera les 20 931 restants.
- Les redirections de courrier électronique associées s’arrêtent également.
- Demande déposée en avril 2026, acceptée par l’ICANN en mai, formalisée fin juillet.
- Un recours en réexamen a été déposé, sans perspective favorable.
- Les .name à deux niveaux ne sont pas concernés.
- Le vrai risque porte sur les comptes en ligne dont cette adresse est l’identifiant ou l’adresse de secours.
Sources : documents contractuels publiés par l’ICANN, communication du registre, Next.
Le Bien Heureux · Redaction Capibara · Mercredi 9 septembre 2026