Aller au contenu
Le Bien Heureux · Belgique
L’essentiel geek, le temps d’une pause.
Vendredi 30 octobre 2026 Édition du matin NumĂ©ro LXV
Bien expliquĂ© · Avant d’éteindre · ≈ 3 min de lecture

Un domaine ferme, et 20 931 adresses avec lui

Verisign supprime les noms en prenom.nom.name et les redirections de courrier qui vont avec. Ce qui se perd n’est pas un site, c’est une identitĂ©.

Rangee de boites aux lettres metalliques alignees au bord d une route
© Tuxyso · CC BY-SA 3.0

« Pour faire simple, je disparais d’Internet. » La phrase est d’un titulaire qui utilise la mĂȘme adresse depuis 25 ans, et elle rĂ©sume une dĂ©cision passĂ©e totalement inaperçue : Verisign arrĂȘte les noms de troisiĂšme niveau en prenom.nom.name, et supprimera les 20 931 encore enregistrĂ©s.

De quoi on parle exactement

Le .name est un TLD ouvert en 2001 avec une idĂ©e maligne pour l’époque : au lieu de vendre un domaine entier, on vendait un cran plus bas, jean.dupont.name, ce qui permettait Ă  tous les Jean Dupont du monde de cohabiter sur le mĂȘme nom de famille. Chaque enregistrement donnait droit Ă  ce nom de troisiĂšme niveau et Ă  une redirection de courrier Ă©lectronique. C’est prĂ©cisĂ©ment ce niveau-lĂ  qui disparaĂźt, avec les redirections qui vont avec. Les .name classiques, Ă  deux niveaux, ne sont pas concernĂ©s.

Le calendrier

La demande a Ă©tĂ© dĂ©posĂ©e en avril 2026, acceptĂ©e par l’ICANN en mai, et formalisĂ©e fin juillet. Le registre justifie sa dĂ©cision par un dĂ©clin de l’usage et estime que la majoritĂ© de ces noms ne servent plus. Un recours en rĂ©examen a Ă©tĂ© dĂ©posĂ© auprĂšs de l’ICANN, sans qu’il paraisse devoir aboutir. Autrement dit, la dĂ©cision est prise, et 20 931 noms vont s’éteindre.

Le problùme n’est pas le site, c’est le courrier

Un nom de domaine que l’on perd, c’est un site qui tombe et un lecteur qui va voir ailleurs. Une adresse de courrier Ă©lectronique que l’on perd, c’est autre chose : c’est l’identifiant de connexion de comptes ouverts il y a 20 ans, l’adresse de rĂ©cupĂ©ration de mot de passe, le contact que des gens ont dans leur carnet depuis toujours. Quand elle s’arrĂȘte, on ne perd pas une vitrine, on perd la clĂ© de ses propres comptes. Et personne ne rĂ©cupĂšre la liste des services auxquels il s’est inscrit en 2006. (J’ai fait l’inventaire par curiositĂ©, et j’ai arrĂȘtĂ© de compter Ă  40 ! 🙂)

Ce que ça révÚle

Une adresse ne s’achĂšte pas, elle se loue. Le titulaire d’un nom de domaine dĂ©tient un droit d’usage renouvelable, pas une propriĂ©tĂ©, et ce droit dĂ©pend d’un registre qui peut dĂ©cider que le produit n’est plus rentable. Le cas est rare Ă  ce niveau, mais il n’est pas nouveau : la mĂȘme logique s’applique Ă  toute adresse hĂ©bergĂ©e chez un tiers, y compris chez les fournisseurs de messagerie gratuits. Le cas n’a rien d’isolé : un fournisseur d’accĂšs britannique vient de confier les boĂźtes de ses abonnĂ©s Ă  un prestataire tiers (on en a parlĂ© ICI), avec 45 jours pour rĂ©agir. La seule vraie protection consiste Ă  possĂ©der son propre domaine, Ă  deux niveaux, chez un registrar que l’on peut quitter, et Ă  savoir le transfĂ©rer.

Ce qu’il faut relativiser

Le registre n’a pas complĂštement tort sur les chiffres : environ 22 000 enregistrements pour un TLD ouvert il y a 25 ans, c’est un Ă©chec commercial, et l’essentiel dort probablement. Il faut aussi noter que nous entendons surtout les titulaires actifs, ceux qui protestent, ce qui donne l’impression trompeuse que les 20 931 noms Ă©taient tous vivants. Enfin l’ICANN, souvent prĂ©sentĂ©e comme le gardien des intĂ©rĂȘts des utilisateurs, n’a ici qu’un rĂŽle d’instruction contractuelle : elle vĂ©rifie que le registre respecte son contrat, pas que la dĂ©cision est juste. C’est une nuance qui explique beaucoup de dĂ©ceptions.

En bref

  • Verisign arrĂȘte les noms de troisiĂšme niveau en prenom.nom.name et supprimera les 20 931 restants.
  • Les redirections de courrier Ă©lectronique associĂ©es s’arrĂȘtent Ă©galement.
  • Demande dĂ©posĂ©e en avril 2026, acceptĂ©e par l’ICANN en mai, formalisĂ©e fin juillet.
  • Un recours en rĂ©examen a Ă©tĂ© dĂ©posĂ©, sans perspective favorable.
  • Les .name Ă  deux niveaux ne sont pas concernĂ©s.
  • Le vrai risque porte sur les comptes en ligne dont cette adresse est l’identifiant ou l’adresse de secours.

Sources : documents contractuels publiĂ©s par l’ICANN, communication du registre, Next.

Cet article


☀ Le RĂ©veil du Bien Heureux

Chaque matin à 7 h, les nouveaux articles du Bien Heureux dans votre boßte mail, avec un lien vers chacun. Gratuit, désinscription en un clic.

Votre adresse sert uniquement à l'envoi de cette lettre. Elle n'est ni cédée ni revendue. Voir nos mentions légales et vie privée.