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Le Bien Heureux · Belgique
L’essentiel geek, le temps d’une pause.
Jeudi 8 octobre 2026 Édition du matin N° 43
Bien expliquĂ© · Avant le cafĂ© · ≈ 3 min de lecture

Un radar fait maison, un drone, 1 000 € : de quoi mesurer le relief en deux vols

Henrik Forstén a construit son propre radar et le fait voler sur un petit drone. Il mesure désormais le relief par interférométrie, pour 1 000 € de matériel.

Le drone radar de Henrik Forstén posé au sol, avec ses antennes radar sous le châssis, son GPS RTK et une caméra
© hforsten.com

Les satellites radar font ça depuis des dĂ©cennies, avec des budgets de programme spatial. Henrik ForstĂ©n le fait avec un petit drone, un radar qu’il a conçu lui-mĂŞme et environ 1 000 € de matĂ©riel. Le tout tient dans un sac Ă  dos.

L’ingĂ©nieur avait prĂ©sentĂ© son drone radar en fĂ©vrier 2025. Dans un long billet publiĂ© le 14 septembre 2026, il montre la suite : des images bien plus nettes, et surtout une carte du relief obtenue par interfĂ©romĂ©trie radar.

Le principe : deux vols, une différence de phase

Un radar Ă  synthèse d’ouverture (SAR) regarde sur le cĂ´tĂ© pendant qu’il se dĂ©place. En combinant les Ă©chos reçus tout au long du trajet, il se comporte comme une antenne gĂ©ante et produit une image dĂ©taillĂ©e du sol. Mais un seul vol ne dit rien de la hauteur des objets.

D’oĂą l’astuce : survoler la mĂŞme zone deux fois, Ă  1 m d’Ă©cart en altitude. Pour chaque point du sol, la distance au radar n’est pas tout Ă  fait la mĂŞme entre les deux vols, et cette diffĂ©rence dĂ©pend du relief. Le radar ne la mesure pas directement : il mesure le dĂ©calage de phase de l’onde, qui fait un tour complet Ă  chaque demi-longueur d’onde. Vers 6 GHz, la frĂ©quence de son radar, cela correspond Ă  2,5 cm : de quoi dĂ©tecter des Ă©carts de distance de l’ordre du millimètre. Seule contrainte, la phase ne se lit qu’Ă  un tour près ; il faut la « dĂ©rouler » en supposant un sol assez rĂ©gulier.

Croquis : deux vols du drone radar à 1 m d'écart, les distances R1 et R2 vers un point du sol, et le bidouilleur au sac à dos de 1 000 €
Dessin Le Bien Heureux

Ce qu’il a fallu changer

  • Un GPS RTK : un module achetĂ© 144 € sur AliExpress, plus une station de base Ă  180 €. La position du drone passe d’environ 1 m de prĂ©cision Ă  environ 2 cm.
  • Un correctif pour ArduPilot, le logiciel de vol libre : l’enregistrement des donnĂ©es GPS brutes ne gardait que 32 mesures de satellites et oubliait la bande de frĂ©quence. Henrik ForstĂ©n a proposĂ© la correction au projet.
  • Un nouvel algorithme d’estimation du mouvement rĂ©siduel, qui recale le second vol sur le premier au millimètre.

L’effet se lit dans la cohĂ©rence, l’indice de 0 Ă  1 qui dit si les deux images se correspondent. Sans correction : 0,21 en moyenne. Avec autofocus : 0,30. Avec son algorithme en plus : 0,45 sur toute l’image, et plus de 0,9 sur le sol nu proche du drone.

Le résultat, et ses limites

ComparĂ©e Ă  une carte lidar officielle de la zone, la carte radar concorde très bien. Les Ă©carts les plus nets tombent lĂ  oĂą le terrain a changĂ© depuis le relevĂ© lidar, vieux de quelques annĂ©es : un fossĂ©, un pont, une route lĂ©gèrement surĂ©levĂ©e. L’auteur liste aussi ce qui rĂ©siste : la forĂŞt, dont l’Ă©cho change d’un vol Ă  l’autre, les zones d’ombre, les routes lisses qui renvoient peu, et le pont, que le radar confond avec le sol en dessous. Avec seulement 1 m d’Ă©cart entre les deux vols, les zones lointaines restent bruitĂ©es.

Le matĂ©riel n’est pas Ă  vendre. Le code de traitement, lui, est libre : il est publiĂ© sous licence MIT dans la bibliothèque torchbp.

En bref

  • Un radar SAR fait maison vole sur un petit drone, pour environ 1 000 € de matĂ©riel.
  • Deux vols Ă  1 m d’Ă©cart d’altitude suffisent Ă  calculer le relief.
  • GPS RTK, correctif ArduPilot et nouvel algorithme rendent la mesure possible.
  • Code de traitement libre, sous licence MIT.

Sources : Henrik Forstén, billet du 14 septembre 2026, billet de février 2025, torchbp, correctif ArduPilot.