Un radar fait maison, un drone, 1 000 € : de quoi mesurer le relief en deux vols
Henrik Forstén a construit son propre radar et le fait voler sur un petit drone. Il mesure désormais le relief par interférométrie, pour 1 000 € de matériel.

Les satellites radar font ça depuis des dĂ©cennies, avec des budgets de programme spatial. Henrik ForstĂ©n le fait avec un petit drone, un radar qu’il a conçu lui-mĂŞme et environ 1 000 € de matĂ©riel. Le tout tient dans un sac Ă dos.
L’ingĂ©nieur avait prĂ©sentĂ© son drone radar en fĂ©vrier 2025. Dans un long billet publiĂ© le 14 septembre 2026, il montre la suite : des images bien plus nettes, et surtout une carte du relief obtenue par interfĂ©romĂ©trie radar.
Le principe : deux vols, une différence de phase
Un radar Ă synthèse d’ouverture (SAR) regarde sur le cĂ´tĂ© pendant qu’il se dĂ©place. En combinant les Ă©chos reçus tout au long du trajet, il se comporte comme une antenne gĂ©ante et produit une image dĂ©taillĂ©e du sol. Mais un seul vol ne dit rien de la hauteur des objets.
D’oĂą l’astuce : survoler la mĂŞme zone deux fois, Ă 1 m d’Ă©cart en altitude. Pour chaque point du sol, la distance au radar n’est pas tout Ă fait la mĂŞme entre les deux vols, et cette diffĂ©rence dĂ©pend du relief. Le radar ne la mesure pas directement : il mesure le dĂ©calage de phase de l’onde, qui fait un tour complet Ă chaque demi-longueur d’onde. Vers 6 GHz, la frĂ©quence de son radar, cela correspond Ă 2,5 cm : de quoi dĂ©tecter des Ă©carts de distance de l’ordre du millimètre. Seule contrainte, la phase ne se lit qu’Ă un tour près ; il faut la « dĂ©rouler » en supposant un sol assez rĂ©gulier.

Ce qu’il a fallu changer
- Un GPS RTK : un module achetĂ© 144 € sur AliExpress, plus une station de base Ă 180 €. La position du drone passe d’environ 1 m de prĂ©cision Ă environ 2 cm.
- Un correctif pour ArduPilot, le logiciel de vol libre : l’enregistrement des donnĂ©es GPS brutes ne gardait que 32 mesures de satellites et oubliait la bande de frĂ©quence. Henrik ForstĂ©n a proposĂ© la correction au projet.
- Un nouvel algorithme d’estimation du mouvement rĂ©siduel, qui recale le second vol sur le premier au millimètre.
L’effet se lit dans la cohĂ©rence, l’indice de 0 Ă 1 qui dit si les deux images se correspondent. Sans correction : 0,21 en moyenne. Avec autofocus : 0,30. Avec son algorithme en plus : 0,45 sur toute l’image, et plus de 0,9 sur le sol nu proche du drone.
Le résultat, et ses limites
ComparĂ©e Ă une carte lidar officielle de la zone, la carte radar concorde très bien. Les Ă©carts les plus nets tombent lĂ oĂą le terrain a changĂ© depuis le relevĂ© lidar, vieux de quelques annĂ©es : un fossĂ©, un pont, une route lĂ©gèrement surĂ©levĂ©e. L’auteur liste aussi ce qui rĂ©siste : la forĂŞt, dont l’Ă©cho change d’un vol Ă l’autre, les zones d’ombre, les routes lisses qui renvoient peu, et le pont, que le radar confond avec le sol en dessous. Avec seulement 1 m d’Ă©cart entre les deux vols, les zones lointaines restent bruitĂ©es.
Le matĂ©riel n’est pas Ă vendre. Le code de traitement, lui, est libre : il est publiĂ© sous licence MIT dans la bibliothèque torchbp.
En bref
- Un radar SAR fait maison vole sur un petit drone, pour environ 1 000 € de matériel.
- Deux vols Ă 1 m d’Ă©cart d’altitude suffisent Ă calculer le relief.
- GPS RTK, correctif ArduPilot et nouvel algorithme rendent la mesure possible.
- Code de traitement libre, sous licence MIT.
Sources : Henrik Forstén, billet du 14 septembre 2026, billet de février 2025, torchbp, correctif ArduPilot.
Le Bien Heureux · RĂ©daction Capibara · Mardi 29 septembre 2026